Incendies dans les Bouches-du-Rhône : repérer les secteurs à haut risque et agir

Prévention et secours, un engagement pour tous

Comprendre la carte du risque incendie en Provence : entre nature et urbanité

Dans les Bouches-du-Rhône, la menace des incendies n’est jamais loin. Ici, le feu n’est pas un simple fait divers d’été : il façonne la vie, l’urbanisme, les souvenirs et, trop souvent, les drames. D’Aix-en-Provence à Martigues en passant par Aubagne, chaque période de sécheresse inquiète et mobilise. Mais, concrètement, quelles sont les zones les plus exposées aux incendies dans le département ? Pourquoi ces secteurs payent-ils un si lourd tribut chaque année ? La réponse tient à la fois à la géographie, au climat, à l’urbanisation et à nos comportements collectifs.

Zones à risque : une cartographie détaillée du département

Le triangle d’or des feux de forêt : Martigues – Aix-en-Provence – Salon-de-Provence

La quasi-totalité des pompiers du département partagent un constat : le triangle formé par les villes de Martigues, Aix-en-Provence et Salon-de-Provence est un épicentre classique des feux d’été. Cette zone combine trois facteurs aggravants :

  1. Des massifs secs et étendus, chargés de pinède et de garrigue (chaînes de l’Estaque, de la Nerthe, massif d’Arbois).
  2. La proximité d’infrastructures très fréquentées (autoroutes A7, A55, lignes SNCF, zones industrielles avec risque d’accident etc.).
  3. Une densité élevée de résidences dans l’interface habitat-forêt (plus de 40% des constructions nouvelles d’Aix ou Martigues en ZONE ROUGE incendie selon la DDTM 13).

Quelques chiffres marquants (Préfecture 13) :

Les calanques et la Côte Bleue : un paradis sous haute tension

Qu’on pense à Marseilleveyre, à Ensuès-la-Redonne ou encore à Carry-le-Rouet, la “Côte Bleue” cristallise les angoisses estivales. Ici, l’évolution urbaine au cœur de zones boisées, le mistral qui souffle fort et la difficulté d’intervention créent chaque été un cocktail explosif.

Dans la peau d’un pompier, intervenir à Ensuès ou Méjean un après-midi de mistral, c’est courir contre la montre sur des pistes abruptes. La moindre étincelle devient un mur de flammes en moins de 10 minutes.

Le Pays d’Arles et la Crau : entre champs et zones naturelles

À l’ouest du département, l’immense plaine de la Crau et les abords du Pays d’Arles sont aussi régulièrement le théâtre de feux spectaculaires. Si la configuration est plus agricole que forestière, le potentiel de propagation y est élevé, notamment lors de moissons estivales.

La spécificité ici : les feux de chaume, qui se déplacent aussi vite qu’une voiture, poussés par les vents (souvent plus de 70 km/h en été).

Massif de l’Étoile, Sainte-Victoire, Sainte-Baume : les sentinelles en alerte

Impossible de parler de risques d’incendie dans le 13 sans évoquer ces massifs. Leur beauté attire randonneurs et promeneurs, mais la sécheresse, le relief, la végétation en font des poudrières naturelles.

À la radio, l’été, l’annonce “massif fermé par arrêté préfectoral” est devenue un rituel : pas un été sans restrictions d’accès, et rarement sans incident majeur.

Comprendre les facteurs aggravants dans les Bouches-du-Rhône

Pourquoi le département est-il si sensible ? Plusieurs explications se conjuguent :

Sur le terrain, ces facteurs se constatent au quotidien : un week-end d’affluence dans les calanques double le risque de départ de feu par imprudence, tandis que le moindre accident technique (train, machine agricole) peut embraser plusieurs dizaines d’hectares en quelques minutes.

L’interface habitat-forêt : le casse-tête marseillais et provençal

L’enjeu majeur en Provence, et dans les Bouches-du-Rhône tout particulièrement, c’est l’interface habitat-forêt. C’est ici, à la lisière des lotissements et des collines, que la vulnérabilité est à son comble :

Les pompiers l’affirment : l’urbanisation massive sans pare-feu suffisant a rendu certaines zones quasi ingérables en cas de sinistre majeur. Un simple retour d’expérience : lors du feu du massif de l’Étoile en 2016, plus de 250 habitations ont frôlé l’évacuation d’urgence.

Incendies de zones industrielles : un risque moins connu mais réel

Si on pense spontanément aux pins et collines, il ne faut pas oublier l’immense zone Fos-sur-Mer – Port-de-Bouc, qui porte un autre risque : l’incendie industriel ou “hybride” (forêt/entreprise). Ici, la vigilance reste permanente :

Le plan particulier d’intervention (PPI) y est activé dès le moindre départ de feu menaçant une zone Seveso.

Éduquer, protéger, prévenir : conseils concrets pour les habitants des zones à risque

Vivre en Bouches-du-Rhône, c’est réaliser que la prévention n’est pas une option. Quelques règles simples, souvent méconnues ou oubliées, sauvent chaque année des maisons (et parfois bien plus) :

  1. Désherber et débroussailler 50 mètres autour de son habitation est obligatoire dans les zones classées à risque. Sanction en cas de non-respect : amende jusqu’à 1 500 euros.
  2. Signaler tout départ de feu/le moindre panache de fumée au 18 ou au 112 sans attendre. Chaque minute compte : les feux les plus destructeurs démarrent souvent par un retard d’appel.
  3. Ne jamais allumer de feu ni barbecue hors espaces prévus, ne pas jeter de mégots, surveiller ses installations électriques extérieures.

Les polices municipales, ONF, pompiers locaux effectuent chaque été plus de 9 000 contrôles sur ces points dans le département (source : Bilan DFCI 2022).

Retour de terrain : une intervention au cœur du risque

Témoignage anonymisé d’un pompier d’Aubagne “En 2022, sur la Sainte-Baume, on a été appelés pour un feu au pied du massif à 14h40. A notre arrivée, il faisait 39°C, le vent soufflait à 65 km/h. Les premiers flammes étaient montées en haut de la crête en moins de 18 minutes. Les riverains, très inquiets, nous ont aidés à fermer les accès, mais certains n’avaient pas débroussaillé correctement autour de leur maison. Trois minutes d’hésitation ont compliqué la défense d’une propriété, l’équipe a dû aller chercher un départ secondaire à cause de matériaux stockés contre la clôture. Ce type d’incident illustre le rôle de chaque habitant : la prévention n’est pas accessoire, elle fait la différence entre un feu maîtrisé et un drame.”

À retenir : vigilance, prévention et information collective

Les Bouches-du-Rhône resteront durablement l’un des départements les plus exposés aux incendies forestiers et de zones mixtes en France. Certaines zones, comme le triangle Martigues-Aix-Salon, la Côte Bleue ou la ceinture marseillaise, constituent chaque été des points critiques qui mobilisent des moyens colossaux. À l’échelle individuelle comme collective, la vigilance, le respect des règles de débroussaillement et la rapidité d’alerte restent les meilleurs remparts pour limiter le risque et préserver ce patrimoine unique.

Pour aller plus loin : chaque habitant peut se rapprocher de sa mairie, du service de prévention DFCI ou consulter la carte interactive des risques pour mieux anticiper et s’impliquer dans la protection de sa commune.

En savoir plus à ce sujet :