Zones à risque : une cartographie détaillée du département
Le triangle d’or des feux de forêt : Martigues – Aix-en-Provence – Salon-de-Provence
La quasi-totalité des pompiers du département partagent un constat : le triangle formé par les villes de Martigues, Aix-en-Provence et Salon-de-Provence est un épicentre classique des feux d’été. Cette zone combine trois facteurs aggravants :
- Des massifs secs et étendus, chargés de pinède et de garrigue (chaînes de l’Estaque, de la Nerthe, massif d’Arbois).
- La proximité d’infrastructures très fréquentées (autoroutes A7, A55, lignes SNCF, zones industrielles avec risque d’accident etc.).
- Une densité élevée de résidences dans l’interface habitat-forêt (plus de 40% des constructions nouvelles d’Aix ou Martigues en ZONE ROUGE incendie selon la DDTM 13).
Quelques chiffres marquants (Préfecture 13) :
- En août 2020, le gigantesque feu entre Martigues et Port-de-Bouc a ravagé 1 000 hectares en quelques heures, détruisant des campings entiers et mobilisant plus de 1 700 sapeurs-pompiers.
- Ce secteur a cumulé 41% des interventions pour feu de forêt recensées dans le département entre 2017 et 2023 (DDSIS 13).
Les calanques et la Côte Bleue : un paradis sous haute tension
Qu’on pense à Marseilleveyre, à Ensuès-la-Redonne ou encore à Carry-le-Rouet, la “Côte Bleue” cristallise les angoisses estivales. Ici, l’évolution urbaine au cœur de zones boisées, le mistral qui souffle fort et la difficulté d’intervention créent chaque été un cocktail explosif.
- En juillet 2023, un feu à Ensuès a nécessité l’évacuation de 500 personnes en pleine nuit.
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Les calanques enregistrent chaque année des départs de feu durant l’été, souvent causés par des imprudences (mais à plus de 40% d’origine criminelle, selon le parquet de Marseille).
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Ce secteur représente, selon l’ONF, le risque maximal en raison de l’accès difficile pour les véhicules de secours, multipliant les délais d’intervention.
Dans la peau d’un pompier, intervenir à Ensuès ou Méjean un après-midi de mistral, c’est courir contre la montre sur des pistes abruptes. La moindre étincelle devient un mur de flammes en moins de 10 minutes.
Le Pays d’Arles et la Crau : entre champs et zones naturelles
À l’ouest du département, l’immense plaine de la Crau et les abords du Pays d’Arles sont aussi régulièrement le théâtre de feux spectaculaires. Si la configuration est plus agricole que forestière, le potentiel de propagation y est élevé, notamment lors de moissons estivales.
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Près de 1 500 hectares de culture réduits en cendres tous les 4 ans entre Arles et Saint-Martin-de-Crau (source : Chambre d’Agriculture 13).
- En 2019, un incendie parti d’une moissonneuse défectueuse à Mouriès a détruit 200 hectares et plusieurs exploitations avicoles.
La spécificité ici : les feux de chaume, qui se déplacent aussi vite qu’une voiture, poussés par les vents (souvent plus de 70 km/h en été).
Massif de l’Étoile, Sainte-Victoire, Sainte-Baume : les sentinelles en alerte
Impossible de parler de risques d’incendie dans le 13 sans évoquer ces massifs. Leur beauté attire randonneurs et promeneurs, mais la sécheresse, le relief, la végétation en font des poudrières naturelles.
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Sur la Sainte-Victoire, 4 feux majeurs de plus de 500 hectares en 20 ans (le dernier, en 2017, a mobilisé 600 pompiers et 5 canadairs – Source : SDIS 13).
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Dans le massif de l’Étoile, le nombre de départs de feu a doublé en 8 ans, le plus souvent à la suite de mégots jetés depuis la route.
À la radio, l’été, l’annonce “massif fermé par arrêté préfectoral” est devenue un rituel : pas un été sans restrictions d’accès, et rarement sans incident majeur.