Fos-sur-Mer : Plongée au cœur des zones industrielles sous haute vigilance

1 janvier 2026

Comprendre Fos-sur-Mer : un bassin industriel stratégique et sous tension

Longtemps, l’image de Fos-sur-Mer s’est confondue avec celle de ses cheminées, ses silos, ses flammes en torchères : ici se concentre l’un des plus importants complexes industriels de France. À trente kilomètres de Marseille, ce territoire loge dans la plaine de la Crau une mosaïque impressionnante de raffineries, d’usines pétrochimiques, de sites métallurgiques et d’installations logistiques. La zone est le bras économique fort de la région, mais aussi l’un de ses points les plus sensibles pour la sécurité civile.

Entre les cuves géantes d’hydrocarbures, les fours d’ArcelorMittal et les allées de containers du Grand Port Maritime, chaque mètre carré juxtapose enjeux humains, environnementaux et industriels. Pour les pompiers, agents de sécurité, riverains et pouvoirs publics, il s’agit de composer avec des risques singuliers : incendie, explosion, pollution chimique… et parfois en simultané.

Carte d’identité des zones industrielles sensibles

Quels sont les sites particulièrement surveillés autour de Fos-sur-Mer ? Voici un panorama des pôles à haut risque, établi à partir des plans de prévention des risques technologiques (PPRT), des dossiers départementaux des risques majeurs (DDRM – Préfecture des Bouches-du-Rhône) et des rapports INERIS.

  • Le bassin industriel de Fos-sur-Mer / Port-de-Bouc : S’étend sur près de 10 000 hectares et concentre une trentaine de sites classés Seveso seuil haut (source : INERIS). La zone comprend l’emblématique ArcelorMittal (aciérie), les raffineries Esso (aujourd’hui Fluxel), Petroineos, Kem One (chimie du PVC), Yara (engrais) ou encore Lavéra à proximité.
  • Les installations du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) : Premier port français, point clé pour la logistique pétrolière et chimique. Les terminaux pétroliers et les stockages (Notamment Lavéra, Fos-Tonnerre et Fos Cavaou) sont considérés parmi les points névralgiques de la sécurité industrielle nationale.
  • La zone industrialo-portuaire de Lavéra : À la jonction Fos – Martigues, Lavéra regroupe plusieurs usines Seveso, dont INEOS (chimie de base, solvants), Kem One et diverses entreprises de raffinerie et de stockage.

Les sites Seveso seuil haut sont ceux soumis aux réglementations les plus strictes en raison de la dangerosité et du volume de substances stockées ou transformées. Ils font l’objet de plans d’intervention spécifiques, révisés régulièrement, et d’une surveillance continue.

Les risques identifiés : entre incendies majeurs, explosions et pollutions

Dans ce bassin industriel, les risques sont à la hauteur des volumes de produits manipulés :

  • Incendies industriels : Selon la base Prométhée (Ministère de la Transition écologique), entre 2015 et 2023, plus de 110 incendies d’importance ont été recensés dans les installations classées autour de Fos-sur-Mer. Le site ArcelorMittal a connu des départs de feu majeurs au contact des matières premières (charbon, coke, huiles).
  • Risque d’explosion : Yara (engrais), Fluxel (hydrocarbures), Kem One (chimie) manipulent quotidiennement des produits explosifs ou très volatils. L'explosion du silo chez Kem One en 2014, bien que contenue, a rappelé la nécessité de protocoles d’urgence millimétrés.
  • Dégagements toxiques et pollution chimique : La fuite d’hydrogène sulfuré ou de chlore fait partie des scénarios redoutés. À l’été 2021, un nuage d’émanations chimiques lors d’une opération de maintenance chez INEOS a nécessité le confinement de riverains à Martigues.
  • Effets domino : Le rapprochement des installations implique qu’un incident peut rapidement s’étendre à plusieurs unités (effet domino). Le plan ORSEC est conçu pour ces situations, mais chaque minute compte pour éviter l’emballement.

Sur le terrain : à quoi ressemble une intervention dans la zone ?

Intervenir dans la zone de Fos, ce n’est pas une opération comme les autres. Le témoignage d’un officier du SDIS 13, recueilli anonymement, décrit l’arrivée sur un feu dans une usine de stockage d’hydrocarbures :

« On n’arrive pas directement sur le sinistre. La première étape, c’est le point de rassemblement, à distance de sécurité. Instantanément, chaque pompier se retrouve confronté à la gravité : ici, un feu ce n’est jamais anodin, et le moindre relâchement peut coûter très cher. L’encadrement site nous expose la situation : où sont les cuves, les risques d’explosion, le plan d’attaque. Souvent, une cellule de reconnaissance chimique se tient prête : masques ARI (appareils respiratoires isolants), caméras thermiques, balisage. Détail marquant : le moindre geste est répété et anticipé. Les équipes sont formées sur site avec l’industriel. Le commandement coordonne avec la cellule crise de la préfecture. »

Ces interventions, nettement plus risquées et médiatisées, impliquent une alphabétisation spéciale : pharmacologie des produits, codes couleur de signalisation, méthodes de dilution ou de confinement spécifiques, etc.

Quelques chiffres-clés pour quantifier le risque

  • Plus de 35 sites industriels classés « Seveso seuil haut » entre Fos-sur-Mer, Port-de-Bouc et Lavéra (source : INERIS, 2023)
  • 15 millions de tonnes d’hydrocarbures transitent chaque année par le port de Fos (Source : Grand Port Maritime de Marseille, 2022)
  • 1 300 interventions des pompiers dans la zone industrialo-portuaire de Fos/Lavéra en 2022 ; environ 45 % concernent des départs de feu ou des alertes chimiques (SDIS 13)
  • 200 000 personnes vivent dans le rayon d’influence des plans de prévention, entre Istres, Martigues, Fos et Port-de-Bouc.

La prévention au quotidien : comment s’organisent industriels, pompiers et citoyens ?

Des plans et des exercices indispensables

Chaque site classé est doté d’un Plan d’Opération Interne (POI) : il s’agit du plan d’alerte propre à l’industriel, qui doit permettre de contenir toute fuite et de protéger ses salariés dans l’attente des renforts extérieurs.

En parallèle, la Préfecture coordonne le Plan Particulier d’Intervention (PPI) : ce plan précise quels secteurs confiner, évacuer, alerter, selon le type d’accident, et comment informer la population. Ces plans sont testés à travers exercices conjoints, au moins une fois par an, mobilisant industriels, SDIS, mairies et parfois habitants.

Des dispositifs d’alerte massifs

  • Sirènes SAIP (Système d’Alerte et d’Information des Populations) : elles couvrent toutes les agglomérations autour de Fos-sur-Mer. Un signal d’alerte national (montée puis descente du son) indique un accident industriel dangereux.
  • Alertes SMS et radios locales : Dès qu’une pollution ou une fuite significative est détectée, la préfecture peut ordonner le confinement via le relais de France Bleu Provence ou par SMS ciblé.

Le rôle du citoyen : connaître les consignes de base

  • Se repérer : connaître la sirène du SAIP, les points de situations d’urgence proches (collège, mairie, gymnase…)
  • En cas d’alerte : se confiner (portes, fenêtres, ventilation), allumer la radio locale, rester à l’écoute des consignes nationales.
  • Ne pas saturer le 18/112 sauf urgence directe : les lignes sont utilisées principalement pour la gestion du sinistre.

Incidents réels récents : leçons tirées du terrain

  • Mai 2022 – Incendie chez ArcelorMittal : Un foyer dans une benne à scories a généré un panache visible plusieurs kilomètres. Intervention coordonnée du SDIS 13, pas de blessés mais une surveillance renforcée pendant plusieurs jours.
  • Août 2021 – Nuage chimique à Lavéra : Une défaillance de vanne chez Kem One a entraîné la diffusion de gaz irritant. Sirènes déclenchées, confinement conseillé sur Port-de-Bouc et Martigues. Événement maîtrisé mais impact psychologique chez les riverains.
  • Mars 2020 – Flamme et explosion bruitée sur la torchère de Petroineos : Phénomène impressionnant mais maîtrisé via le POI. L’événement a toutefois généré de multiples appels pour « feu visible » ou « explosion », illustrant l’importance de l’information préventive.

Perspectives : dialogue, pédagogie, transparence

Le bassin de Fos-sur-Mer restera, dans les années à venir, un site industriel sous haute surveillance. Si la sécurité absolue n’existe pas, la multiplication des plans de prévention et des exercices conjoints demeure la clé. Pour le professionnel comme pour le citoyen, mieux connaître ces zones, leurs dangers et leurs procédures de gestion d’urgence, c’est aussi participer, à son échelle, à une société plus résiliente.

Sur ce blog, la transmission d’une culture du risque et du réflexe de prévention passe autant par la voix des hommes et femmes de terrain que par la compréhension des chiffres et des faits. Parce que c’est au croisement de ces expériences que chacun peut contribuer à limiter l’imprévu.

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