Incendie d’huile en cuisine à Marseille : gestes qui sauvent, erreurs qui brûlent

17 mars 2026

Dans une cuisine marseillaise, un feu d’huile peut provoquer en quelques secondes des dégâts irréversibles et mettre des vies en danger. Ce type d’incendie demande des réflexes très précis, car un mauvais geste peut tout aggraver. Voici les éléments essentiels à retenir pour maîtriser une telle situation :
  • Ne jamais verser d’eau sur de l’huile en feu, même en petite quantité.
  • Éteindre si possible la source de chaleur sans s’exposer au danger.
  • Couvrir la casserole avec un couvercle métallique adapté ou une poêle plus grande pour étouffer le feu.
  • Utiliser, si disponible, une couverture anti-feu et appeler les pompiers immédiatement en cas de doute.
  • Si le feu se propage, évacuer et fermer la porte derrière soi pour limiter la propagation des fumées.
  • Prévenir les pompiers le plus tôt possible : un feu de cuisine peut dégénérer en quelques secondes.
La bonne réaction face à un feu d’huile permet d’éviter les drames les plus fréquents, notamment dans les cuisines des foyers marseillais où ce risque reste sous-estimé.

Pourquoi l’huile en feu est-elle si dangereuse ?

Avant de s’attarder sur les bons gestes, un peu de terrain : lorsqu’une huile dépasse sa température de point de fumée (voir tableau ci-dessous), elle commence à dégager des vapeurs inflammables. Il suffit d’une flammèche, d’un éclat de graisse, ou même d’un contact avec une nourriture humide pour que ces vapeurs s’enflamment brutalement.

Type d’huile Point de fumée (°C) [Source : SDIS 13]
Huile de tournesol 232
Huile d’olive 190-215
Huile de colza 204
Graisse animale 190-210

Les cuisines provençales – très attachées à la cuisine à l’huile d’olive – ne sont donc pas à l’abri, contrairement à une idée reçue. À Marseille, entre 2022 et 2023, plusieurs dizaines d’interventions concernent encore de tels départs de feu, notamment dans les petits appartements du centre-ville.

Les erreurs fatales : eau, panique, gestes réflexe

Le réflexe le plus fréquent face à une casserole d’huile en feu ? Prendre un verre d’eau. Mais quand l’eau entre en contact avec l’huile bouillante, elle s’évapore instantanément, projetant des gouttelettes d’huile brûlante partout. Un effet volcanique, source de grands brasiers et de graves brûlures. Dans la caserne de Saint-Loup, un pompier résume : « Sur dix feux de cuisine, six fois, quelqu’un a tenté d’éteindre avec de l’eau… et on arrive pour gérer un double désastre. »

  • Ne jamais verser d’eau, même minime, sur de l’huile en feu.
  • Ne pas déplacer la casserole enflammée. Tout mouvement brusque peut répandre l’incendie.
  • Ne pas souffler, ni tenter d’éteindre à l’aide d’un torchon humide : ce geste expose à des brûlures et attise parfois les flammes.

Les 5 étapes clés pour réagir sans aggraver l’incendie

  1. Coupez la source de chaleur si cela ne vous expose pas au danger. Éteignez le feu sous la casserole, mais n’attrapez jamais le récipient enflammé.
  2. Couvrez la casserole avec un couvercle métallique ou une poêle adaptée. Le feu a besoin d’oxygène : privez-le d’air en posant délicatement un couvercle. Attention : jamais de couvercle en verre (risque d’explosion) ni plastique (fond).
  3. Si disponible, utilisez une couverture anti-feu. Ces couvertures se trouvent en grandes surfaces ou magasins de bricolage, et doivent être rangées à portée dans votre cuisine. Plaquez la couverture sur le récipient pour étouffer le feu.
  4. Alertez les secours : même si le feu vous semble maîtrisé, composons le 18 ou le 112. Une intervention précoce évite bien des drames.
  5. Si le feu se propage aux meubles ou rideaux, évacuez aussitôt. Refermez la porte derrière vous pour freiner la diffusion de la fumée, alertez les voisins, attendez les secours en sécurité.

Témoignage de terrain : une intervention type à Marseille

C’est une cuisine du quartier Castellane, septembre 2023. Un adolescent seul tente de faire des frites quand l’huile s’enflamme. Paniqué, il hurle à la fenêtre, le voisin alerte le 18. Sur place, les pompiers trouvent déjà l’huile brûlée, mais aussi des linges sur le sol, témoins de tentatives ratées. L’appartement est enfumé, la voisine a tenté d’aider avec une bassine d’eau – l’incendie s’est propagé à la hotte et au plan de travail. Personne n’est blessé, mais deux pièces noircies et plusieurs jours d’insalubrité. « Un couvercle, un appel rapide, une porte fermée auraient tout changé », témoigne le chef d’agrès. Ce qui frappe les pompiers, c’est la rapidité de propagation – et l’agitation qui mène trop souvent à l’erreur.

Appeler ou ne pas appeler les pompiers : comment décider ?

Dans 80% des interventions pour incendie domestique léger à Marseille, le premier appelant hésite – persuadé que « ce n’est pas grave ». Or, l’incendie de cuisine peut évoluer en flammes généralisées en moins de quatre minutes. Les pompiers recommandent :

  • d’appeler immédiatement si vous ne pouvez pas étouffer le feu en moins de trente secondes ;
  • d’indiquer la présence de produits dangereux (bouteilles de gaz, sprays, etc.) ;
  • de ne jamais rester pour tenter de sauver des objets.

Précisez votre adresse, le type de feu (« huile de cuisine ») et restez en ligne jusqu’à confirmation de la prise en charge. Mieux vaut une fausse alerte qu’une victime.

Les outils à avoir sous la main dans la cuisine marseillaise

  • Couvercle métallique : toujours adapté à la taille de la poêle ou casserole.
  • Couverture anti-feu (norme EN1869), disponible dès dix euros dans le commerce.
  • Extincteur à poudre ABC : efficace sur feu d’huile, mais attention au risque de projection. À réserver aux personnes ayant reçu la formation appropriée.
  • Alarme de fumée : obligatoire depuis 2015 en France, encore trop peu installée à Marseille selon la Préfecture (moins de 50% en centre-ville, source La Provence).

Tour d’horizon des chiffres locaux

Le SDIS 13 recense chaque année entre 250 et 400 départs de feu dans les logements à Marseille, dont au moins un tiers en cuisine. Les feux d’huile représentent environ 20% de ces cas, et la moitié dégénère à cause de gestes inadaptés (Source : SDIS 13, rapport 2023).

Les quartiers les plus touchés ? Noailles, la Belle de Mai, le Panier, la Joliette. Le manque de matériel de prévention (couvertures anti-feu, extincteurs) et des appartements souvent exigus expliquent la gravité de certains incidents.

Partager la culture du risque et de la prévention

Chaque année, des associations marseillaises comme « Préven’Toit » organisent des ateliers de sensibilisation à la prévention domestique. Dans plusieurs écoles, les pompiers interviennent auprès des enfants dès le primaire. Leur message : « Un moment d’inattention peut coûter un logement, voire une vie, mais le bon geste suffit parfois à tout arrêter. »

  • Montrez à vos proches le geste du couvercle, maintenez l’accès dégagé autour de la cuisine.
  • Installez une couverture anti-feu accessible à tous – placard sous évier ou porte de cuisine.
  • Testez régulièrement votre alarme de fumée.

Prévenir, c’est aussi accepter d’en parler autour de soi, dans les immeubles, les réunions de quartier, les écoles.

Une vigilance de tous les instants, une solidarité locale

La gestion d’un feu d’huile ne supporte pas l’à-peu-près. À Marseille comme ailleurs, la prévention de ce risque repose sur deux piliers : le bon réflexe technique – celui transmis de génération en génération dans les casernes – et la culture du secours, partagée entre voisins et familles. Chacune et chacun a le pouvoir d’éviter qu’un accident bête ne vire au drame. Transmettre cette culture, c’est, à notre échelle, préserver la vie et le patrimoine marseillais.

N’hésitez pas à parler de ce risque autour de vous, à questionner vos proches sur leur réaction et à faire de la cuisine un lieu de vigilance collective, au cœur de Marseille.

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