Plongée au cœur des interventions dans le secteur pétrochimique des Bouches-du-Rhône

8 janvier 2026

Pourquoi les protocoles d’intervention sont-ils cruciaux dans la pétrochimie ?

La zone industrielle du pourtour de l’étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône, représente l’une des plus grandes concentrations de sites pétrochimiques d’Europe. Y sont implantées des raffineries, usines de traitement voire dépôts d’hydrocarbures, qui font partie intégrante du tissu économique mais concentrent aussi des risques majeurs. Entre explosions, fuites toxiques, incendies spectaculaires et risques environnementaux, la gestion des incidents potentiels nécessite une préparation minutieuse et des protocoles d’intervention à toute épreuve. Un chiffre à retenir : sur 129 sites classés Seveso « seuil haut » en France (source : Ministère de la Transition écologique, 2023), plus de 30 se trouvent dans la seule région PACA, dont une majorité dans le 13. Ce contexte impose aux pompiers et aux services de secours des exigences particulières, bien différentes d’une intervention domestique ou d’un feu de forêt traditionnel.

Quels sont les principaux risques identifiés dans la pétrochimie du 13 ?

  • Risque d’explosion : en cause, la présence de substances très volatiles comme les gaz de pétrole liquéfié ou les hydrocarbures raffinés. L’explosion de la raffinerie de Berre en 1992 reste un traumatisme local (6 blessés, d’importants dégâts matériels).
  • Risques toxiques et chimiques : émissions de gaz (soufre, ammoniac, chlore), risques de pollution de l’air et des eaux avec des conséquences sanitaires potentiellement graves. La fuite de mercaptan à Lavéra (2013) a nécessité la vigilance des secours jusque dans les quartiers d’habitations.
  • Feux industriels de grande ampleur : plusieurs incendies majeurs recensés depuis 20 ans, dont celui de Total La Mède en 2015 (55 pompiers mobilisés) ou le spectaculaire incendie de cuve en 2023 à Fos-sur-Mer.
  • Effet domino : un incendie ou une explosion peut se propager d’une installation à une autre, aggravant rapidement la situation. L’empilement de risques rend l’intervention extrêmement complexe.

Schéma type d’alerte et d’intervention : que se passe-t-il dès que l’alerte retentit ?

Un appel d’alerte est reçu par le CODIS 13. Illustrons : il est 2 h du matin, un agent d’exploitation de Martigues découvre une fuite suspecte sur un pipeline. L’alarme interne retentit et, quasi simultanément, le centre de traitement de l’alerte du SDIS 13 reçoit la notification via le dispositif prioritaire des sites industriels. Voici les grandes étapes qui s’enclenchent :

  1. Analyse initiale : l’opérateur du centre d’appel collecte un maximum d’informations (localisation précise, nature de la fuite, couleur/odeur du produit, conditions météo, éventuelle présence de victimes).
  2. Activation du plan particulier d’intervention (PPI) : pour tous les sites Seveso, les Plans Particuliers d’Intervention encadrent la gestion d’événements majeurs (source : Préfecture des Bouches-du-Rhône).
  3. Mobilisation des équipes spécialisées : en plus des centres de secours locaux (Martigues, Fos, Berre…), une colonne « NRBC-e » (Nucléaire, Radiologique, Biologique, Chimique et explosif) est activée si toxicité suspectée. Les moyens du Groupe d’Intervention en Milieu Périlleux (GRIMP) ou du Groupe d’Appui Logistique peuvent aussi être dépêchés.
  4. Arrivée sur site : le premier chef de groupe prend le commandement et monte un “poste de commandement avancé”. Le rassemblement des moyens d’intervention suit un schéma très codifié – chaque engin, équipage et officier a un positionnement précis selon le risque identifié.

Quelles consignes de sécurité pour les intervenants ? Témoignage : dans la peau d’un pompier du 13

Philippe, sapeur-pompier professionnel depuis 14 ans, témoigne sous couvert d’anonymat :

« On n’entre JAMAIS sur un site pétrochimique sans avoir reçu le brief sécurité du chef d’astreinte du site. L’auto-protection d’abord, celle des équipiers ensuite. Les détecteurs de gaz, combinaisons ignifugées, ARI (appareils respiratoires isolants)… c’est obligatoire. On ne quitte jamais le groupe, on agit par binômes et on se place face au vent pour éviter les vapeurs toxiques. Sur le terrain, chaque minute compte, mais la précipitation est notre plus grand ennemi. »

  • Briefing sécurité initial : topographie du site, risques spécifiques (zones ATEX), voies d’accès ou de repli, consignes d’évacuation, localisation des extincteurs géants ou rideaux d’eau automatisés.
  • Equipement individuel : chaque pompier porte obligatoirement un ARI, une tenue F1 ou F2 (ignifugée), des gants anti-coupure, un détecteur multi-gaz.
  • Gestion du stress thermique : les températures peuvent dépasser 60°C près des foyers. Les rotations sont courtes, 15 à 20 minutes maximum dans la zone chaude.
  • Communication et coordination : le chef d’opération garde une liaison permanente avec le PC sécurité du site industriel et la préfecture.

Déroulement type d’une intervention majeure sur un site pétrochimique : exemple local et organisation

Prenons l’exemple fictif, inspiré de faits réels, d’un incendie de réservoir sur le site de Fos-sur-Mer :

  1. 1ère vague d’intervention : Arrivée de 3 fourgons, 2 camions-citernes, 1 véhicule risque technologique. Mise en place d’un rideau d’eau pour refroidir les cuves adjacentes.
  2. 2e ligne : spécialistes NRBC-e, véhicule de détection et d’analyse (identification rapide des vapeurs toxiques), ambulance pré-positionnée pour d’éventuels blessés.
  3. 3e ligne : responsables de la cellule de communication et d’analyse de risques – veillent à la diffusion d’alertes “population” via le SAIP (Système d’Alerte et d’Information des Populations), conseils de confinement, coordination avec le maire et la préfecture.

Chaque site dispose de plans d’implantation transmis en temps réel aux secours (stockages, circuits de gaz, points d’eau…). La gestion de l’incident est aussi soumise aux retours d’expérience (RETEX) après chaque événement, pour améliorer les protocoles.

Mise en sûreté et protection de la population : quels réflexes attendre et transmettre ?

La protection des populations en cas d’accident industriel fait l’objet de consignes nationales et locales. Dès l’activation d’un Plan Particulier d’Intervention :

  • Interdiction de circulation sur certains axes par la police/gendarmerie.
  • Diffusion de messages via le SAIP ou les sirènes de site (un signal continu de 2 minutes en cas d’accident chimique).
  • Consigne de confinement immédiat pour les riverains (mairies, écoles, hôpitaux). Portez-vous dans une pièce sans ouverture sur l’extérieur, coupez la ventilation, mouillez un linge devant les entrées d’air.
  • Coordination avec le SAMU pour prise en charge rapide des personnes fragiles ou contaminées.

Des exercices réguliers d’alerte (112 conduits en 2022 selon la Préfecture), sensibilisent les habitants et personnels d’usine aux bons gestes à adopter.

Chiffres clés et forces engagées : la réalité des moyens dédiés dans le 13

Type d’incident (2019-2023) Nombre d’interventions majeures Moyens mobilisés (moyenne)
Incendies industriels (raffineries/dépôts) 18 30 à 110 pompiers, 15 à 25 véhicules, 1 cellule matières dangereuses
Fuites toxiques (gaz/liquides dangereux) 27 20 à 40 pompiers, 7 à 10 véhicules
Evacuations de précaution (confinement) 9 Mobilisation population : jusqu’à 2500 personnes

(Source : SDIS 13, Préfecture des Bouches-du-Rhône)

La prévention et les citoyens : comment chacun peut limiter les risques près de chez soi ?

  • Connaître et reconnaître la signalétique Seveso près de chez soi (panneaux jaunes spécifiques en entrée de zone industrielle).
  • Participer ou s’informer lors des réunions publiques d’information des industriels et de la préfecture (au moins deux par an dans chaque commune concernée, calendrier sur le site de la Préfecture).
  • Appliquer les consignes d’alerte (confinement, attente d’instructions officielles).
  • Respecter les dispositifs de sécurité périmétriques, éviter tout franchissement de clôture ou de bretelles d’accès non autorisées.
  • Signaler toute situation anormale ou odeur suspecte directement au 18 (pompiers) ou 112.

Des protocoles évolutifs, reflet d’un dialogue permanent terrain-experts-population

Face à la complexité et la diversité des risques industriels dans le 13, les protocoles d’intervention évoluent sans cesse. Chaque incident sert de leçon (RETEX), chaque exercice grandeur nature permet d’intégrer de nouveaux outils ou de corriger les points faibles constatés. Mais la meilleure des protections reste la vigilance collective, la circulation de l’information et l’investissement de tous : agents industriels, services de secours, élus, mais aussi citoyens riverains. Que vous viviez ou travailliez près d’un complexe pétrochimique ou simplement traversiez ces zones, gardez en tête que l’expertise des secours n’exclut jamais votre rôle, aussi modeste soit-il, dans la prévention et la protection de tous.

En savoir plus à ce sujet :