À l’intérieur d’une intervention d’urgence : que font vraiment les pompiers lors d’un malaise cardiaque à domicile ?

17 décembre 2025

Sur le fil : le quotidien des pompiers face à l’arrêt cardiaque

En Provence, chaque jour, des hommes et des femmes composent le 18 ou le 112 pour signaler un malaise chez un proche, un voisin, ou parfois un inconnu croisé dans une cage d’escalier. Derrière ces appels, il y a l’urgence, l’angoisse, l’attente : « Il ne respire plus », « Elle s’est effondrée, je ne sais pas quoi faire », « Vite, il faut venir, je crois qu’il fait un infarctus ». En 2022, selon la Direction générale de la sécurité civile, près de 100 000 interventions pour malaises ou pertes de connaissance ont eu lieu en France, dont une part importante dans notre région, sous l’effet d’une population vieillissante et d’une forte densité urbaine (source : Ministère de l’intérieur).

Mais que se passe-t-il, concrètement, entre le coup de fil affolé et l’arrivée des secours ? Et surtout, comment travaillent les sapeurs-pompiers face à un malaise cardiaque survenu à domicile ? Ouvrons les portes de cette course contre la montre.

Première étape : l’alerte, un acte vital

Tout commence avec l’appel au 18 ou au 112. La rapidité de cet appel est capitale. Selon la Fédération Française de Cardiologie, moins de 8 minutes séparent souvent la vie de la mort en cas d’arrêt cardiaque. En France, plus de 40 000 personnes sont victimes chaque année d’un arrêt cardiaque extra-hospitalier, et moins de 5 % survivent. Pourtant, chaque minute perdue réduit les chances de survie de 10 % (source : Fédération Française de Cardiologie).

  • Signes typiques d’alerte : Perte de connaissance soudaine, respiration anormale ou absente, peau pâle ou bleutée.
  • Que dire lors de l’appel : Adresse exacte, âge et état de la victime, symptômes observés, antécédents médicaux connus.
  • Importance du sang-froid : Réponses précises = intervention adaptée plus rapide.

Lors de l’appel, le centre de traitement de l’alerte (CTA) des pompiers relaye immédiatement l’information et déploie un véhicule de secours avec au moins trois agents le plus proche, tout en contactant le SAMU (15) pour engager une équipe médicale en parallèle.

L’arrivée sur place : chaque seconde compte

Sur le terrain, la scène est parfois chaotique. Un salon en désordre, une famille en état de choc, un silence oppressant entrecoupé de larmes et de soliloques paniqués. Le chef d’agrès — le responsable de l’équipe — fait un rapide bilan, tandis que les autres s’apprêtent à agir. Témoignage anonyme d’un pompier des Bouches-du-Rhône :

« Un malaise cardiaque ne ressemble jamais à celui d’avant. L’état de la personne, le contexte, la panique ou l’absence de témoins… Parfois, c’est un enfant qui découvre son grand-père inconscient. Il faut rassurer, agir, et ne rien laisser transparaître de son propre stress. »

  • Premier réflexe : S’assurer que la victime est hors de danger immédiat (feu, fuite de gaz…)
  • Bilan rapide : La victime respire-t-elle ? A-t-elle un pouls ? Réagit-elle aux stimulations ?
  • Mise en sécurité : Mettre la victime au sol, sur le dos, dégager les voies respiratoires.

Le protocole des gestes qui sauvent : défibrillation et massage cardiaque

Si la personne ne respire plus, chaque membre de l’équipe a une fonction précise. L’objectif majeur : rétablir une circulation sanguine vers le cerveau au plus vite.

L’art du massage cardiaque

  • Positionnement : Les paumes des mains placées l’une sur l’autre au centre de la poitrine.
  • Rythme : 100 à 120 compressions par minute, soit presque deux par seconde.
  • Relais : Les pompiers alternent pour garder de l’efficacité, sans jamais interrompre plus de quelques secondes.

Défibrillation automatisée

  • Dès l’arrivée : Application d’un défibrillateur automatisé externe (DAE), toujours présent dans les VSAV (véhicules de secours et d’assistance aux victimes).
  • Analyse : Le DAE vérifie si un choc électrique est nécessaire ; il guide vocalement l’intervention.
  • Choc : Si possible, délivrance d’un ou plusieurs chocs électriques pour tenter de relancer le cœur.
  • Collaboration : Les gestes se poursuivent jusqu’à l’arrivée du SAMU.

Selon une étude menée à Marseille (Service Départemental d’Incendie et de Secours 13, source : SDIS 13), la précoce utilisation d’un DAE double les chances de survie lors d’un arrêt cardiaque constaté à domicile.

La collaboration SAMU/Pompiers : un relais essentiel

Dans 9 cas sur 10, les sapeurs-pompiers sont les premiers à intervenir en cas d’arrêt cardiaque, parfois avant même le SAMU selon la distance ou la disponibilité des équipes. Leur formation les prépare à assurer les gestes vitaux le temps qu’une équipe médicale prenne le relais :

  1. Prise en charge initiale
  2. Transmission d’informations par radio ou téléphone (âge, état, gestes pratiqués, etc.)
  3. Accueil des médecins urgentistes et poursuite des gestes coordonnés (intubation, médicaments…)
  4. Si le cœur repart, mise sous surveillance stricte pendant le transport vers l’hôpital

Voici le schéma type d’une intervention à Marseille, d’après une étude locale du CHU Timone publiée en 2023 :

Temps moyen d'arrivée (pompiers)Temps moyen d'arrivée (SAMU)Taux de survie à domicile
5 à 7 minutes8 à 10 minutes3 à 5 %

La chaîne de survie repose donc sur plusieurs maillons : l’appel précoce, la rapidité d’arrivée des secours, l’efficacité des secours sur place, puis le relais médical.

Ce que les témoins peuvent (et doivent) faire pendant l’intervention

La présence de témoins actifs, capables d’alerter rapidement et de commencer un massage cardiaque avant l’arrivée des secours, augmente fortement les chances de survie. Pourtant, moins de 40 % des arrêts cardiaques à domicile bénéficient d’un massage cardiaque immédiat par un proche ou un passant en France (Fédération Française de Cardiologie).

  • Dès l’alerte donnée : Si le service collecte d’avis médical (SAMU) est en ligne, laissez le téléphone en haut-parleur et suivez les consignes.
  • Commencez le massage cardiaque : Même sans formation, suivez le rythme conseillé (encore une fois, « Stayin’ Alive » des Bee Gees : 100-120 bpm).
  • Demandez à une personne d’aller chercher un défibrillateur : Dans la rue, commerces, mairie, écoles, pharmacies, de plus en plus de lieux en sont équipés dans les quartiers urbains.
  • N’interrompez jamais le massage : Sauf sous consigne formelle ou épuisement total. L’oxygénation du cerveau en dépend.

Dans tous les cas, les sapeurs-pompiers, à leur arrivée, remercient et valorisent toujours les témoins qui ont commencé le massage ou utilisé un défibrillateur. Cela sauve des vies — et pas que théoriquement.

Après l’intervention : soutien, transmission et vigilance

L’issue dépend de nombreux facteurs : le délai d’alerte, la rapidité du bilan, la réactivité de l’équipe, l’état préalable de la victime. Mais, quelle que soit la suite, le rôle des pompiers ne s’arrête jamais « à la porte » :

  • Transmission d’un compte-rendu écrit et oral à l’équipe médicale : durée de l’arrêt, gestes réalisés, antécédents communiqués.
  • Soutien psychologique aux proches souvent sous le choc : explications, réassurance, écoute bienveillante. Les pompiers sont formés à cette présence humaine et empathique.
  • Décontamination du matériel et réflexion « débriefing » pour améliorer les futures interventions.

Prévenir le pire : la culture du réflexe citoyen

Le malaise cardiaque reste souvent imprévisible, mais certains facteurs de risque sont connus : âge, antécédents cardiaques, hypertension, tabac, sédentarité… Pour améliorer les chances de survie, la formation aux gestes de premiers secours est essentielle.

  • Apprendre le massage cardiaque : Des formations gratuites existent dans la plupart des casernes ou par la Croix-Rouge/Secouristes Français.
  • Connaître les DAE de son quartier : Plus de 8000 défibrillateurs sont installés en Provence-Alpes-Côte d’Azur (source : Réseau DAE), mais peu de citoyens savent où les trouver.
  • Sensibiliser les proches, surtout les personnes âgées ou cardiaques, au réflexe d’alerte et d’auto-surveillance.
  • Mettre en évidence sa prise de médicaments ou ses pathologies à domicile (fiche d’urgence, dossier santé partagé…)

À Marseille, en 2023, une initiative « Pompier dans la rue » a permis de former 1500 habitants en quelques journées, et les pompiers ont d’ores et déjà constaté sur le terrain la progression légère mais réelle des gestes « citoyens » débutés avant leur arrivée.

Ouvrir la porte aux gestes qui sauvent

L’intervention des pompiers lors d’un malaise cardiaque à domicile incarne cette chaîne où chaque maillon, du plus professionnel au plus inattendu, peut faire basculer le destin d’une vie. L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir « comment » ils interviennent, mais aussi : qu’est-ce que nous, collectivement, pouvons faire pour rendre leur action encore plus efficace ? Alerter vite, oser intervenir, se former aux gestes qui sauvent, repérer autour de soi un défibrillateur… Chaque geste compte. Et parfois, c’est justement ce geste, que l’on n’attendait pas, qui fait toute la différence.

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