Derrière les coulisses des secours : la présence indispensable des pompiers sur les événements sportifs et festifs dans les Bouches-du-Rhône

22 décembre 2025

Les événements majeurs : un défi spécifique pour les secours

D’un match de l’OM au Vélodrome à un festival d’été sur la plage de l’Estaque, en passant par le semi-marathon de Marseille ou un feu d’artifice du 14 juillet à Aix-en-Provence, la vie sportive et culturelle du département ne manque pas d’occasions de rassembler les foules. Ce que beaucoup ignorent encore : pour chaque événement d’ampleur, une véritable « opération dans l’opération » se met en place côté secours.

Assurer la sécurité de milliers de spectateurs sur un site parfois complexe, anticiper des risques très variables (malaise, bagarres, incendies, mouvements de foule), coordonner avec les autres acteurs (police, SAMU, sécurité privée)… les missions des sapeurs-pompiers du 13 dans ce contexte dépassent de loin leur seule image d’« éteigneurs de feu ».

Organisation sur le terrain : comment cela se prépare-t-il concrètement ?

Un dispositif sur mesure, pensé en amont

Tout commence bien avant l’arrivée du premier spectateur. Les organisateurs sont tenus de déclarer tout rassemblement de plus de 1 500 personnes (source : Service-public.fr). Côté préfecture et mairie, une Commission communale de sécurité analyse les dossiers. La cellule « événementiel » du SDIS 13 (« Service Départemental d’Incendie et de Secours ») planche alors sur un dispositif spécifique, adapté aux risques : configuration des lieux, accès, historique des incidents, nature de l’événement… tout est passé au crible.

  • Repérage préalable : Un chef de centre ou un officier effectue souvent un tour du site plusieurs jours avant.
  • Plan d’intervention : Il précise les points sensibles (issues de secours, extincteurs, présence de produits dangereux…), les circuits d’évacuation, les contacts d’urgence.
  • Composition des équipes : Nombre de pompiers, type de véhicules, présence ou non d’une équipe médicale avancée (VSAV, médecin pompier, etc.).
  • Coordination inter-services : Réunions avec police, SAMU, sécurité civile, organisateurs pour partager infos et méthodes.

Un simple match amateur ou course locale peut bénéficier d’une présence « légère » (deux à quatre pompiers, un VSAV stationné à proximité). Un OM-PSG au Vélodrome ou la Fête de la Musique à Marseille mobiliseront de vingt à soixante soldats du feu, plusieurs postes de secours, et du matériel prêt à intervenir à la moindre alerte.

La veille opérationnelle, jusqu’au dernier spectateur

« On est là avant, pendant, et après. » témoignait, il y a peu, Maxime, pompier affecté au suivi des événements sportifs à Marseille. « Le public commence à arriver, on est opérationnels. Mais on ne remballe jamais tant que le site n’est pas sûr. Une sortie de stade, c’est souvent là que les incidents arrivent. »

Sur place, plusieurs points fixes peuvent être installés :

  • Poste de secours principal : souvent visible et accessible au public, lien direct avec le PC sécurité.
  • Équipes mobiles : Deux à trois pompiers circulent en binôme dans les tribunes ou les allées pour être réactifs.
  • Véhicules prépositionnés : VSAV (ambulance), VPI (véhicule de première intervention feu), parfois fourgon-pompe ton, selon le risque.

Intervenir au cœur de la foule : cas concrets et défis spécifiques

Des situations à géométrie variable

Les statistiques varient selon le type de manifestation. Sur Marseille, lors d’un match à huis clos, on compte moins de 5 interventions médicales liées à des malaises ou blessures par soirée. Un match avec tribunes pleines, c’est plutôt 35 à 50 interventions (données 2022, source : SDIS 13).

Type d’événement Moyenne interventions pompiers / événement Risques principaux
Match de football Ligue 1 (Stade Vélodrome) 35-50 Malaise, blessure, bagarre, incendie localisé
Festival musical (plein air, >10 000 pers.) 25-30 Déshydratation, écrasement, chute, feu sec/raccords électriques
Course urbaine (ex : semi-marathon) 10-20 Choc thermique, entorses, arrêt cardiaque, accidents de la route
Fête populaire locale (ex : feu d’artifice) 5-15 Brûlures, heurts, feu de poubelle ou végétation

Dans la peau d’un pompier : « Quand chaque seconde compte »

Le dispositif peut paraître massif, il doit pourtant rester rapide et souple. Ce soir du 8 mai 2023 au Vélodrome, une fillette chute d’une rambarde. Moins de deux minutes après l’alerte radio, une équipe est déjà auprès d’elle, prise en charge sur place. Simultanément, un début de feu est signalé derrière une buvette (court-circuit électrique). Là encore, l’intervention, planifiée, se solde par une extinction immédiate.

Un ancien chef de centre nous confie : « Il faut tout anticiper, mais aussi tout improviser. Une bagarre qui dégénère, c’est tout un bloc tribune qu’il faut sécuriser et parfois évacuer. À l’inverse, une fausse alerte peut générer un mouvement de panique, qu’il va falloir désamorcer. Le plus important : la discrétion, pour ne pas rajouter de tension. »

Prévention et sensibilisation : l’autre mission des pompiers en milieu événementiel

Informer, former, prévenir…

Un aspect méconnu du rôle des pompiers sur site : la prévention. S’assurer que les allées sont dégagées, qu’aucune issue de secours n’est obstruée, que les branchements électriques temporaires sont conformes… Leur rôle dépasse la simple urgence : il s’agit d’une culture de la sécurité à transmettre aussi bien aux organisateurs qu’au public.

Certains centres de secours du département organisent des réunions de préparation avec les bénévoles ou la sécurité privée, et proposent parfois des formations aux gestes qui sauvent. Un exemple récent : en 2023, plusieurs organisateurs de festivals ont suivi initiations à l’utilisation des extincteurs et du défibrillateur (source : Plateforme « Adopte Un Secours »).

  • Sensibilisation du public : Distribution de brochures, rappels au micro, gestes simples en cas d’évacuation.
  • Formations express : Jusqu’à 100 bénévoles formés en « gestes qui sauvent » sur certains gros festivals.
  • Vérifications sur place : Avant l’ouverture, inspection systématique des accès sécurité et extincteurs.

Crises exceptionnelles : retour sur des situations marquantes

Quand tout bascule

On pense tous à des situations « extrêmes », comme le tragique mouvement de foule du Stade Furiani en 1992 (Corse), ou, plus récemment, l’accident lors du festival du Delta à Arles en 2018 (problème électrique, 7 blessés). Les Bouches-du-Rhône ont heureusement été relativement épargnées ces dernières années, mais les dispositifs sont dimensionnés pour l’imprévu.

En 2022, lors du match OM-Nantes, un feu de poubelle côté tribune sud aurait pu dégénérer sous l’effet du mistral. Grâce à la réactivité d’une équipe de première intervention, l’incident a été contenu avant l’évacuation de la zone. Selon un responsable sécurité du stade (source : La Provence), « la coordination entre police, pompiers et organisateurs a permis d’éviter la panique ».

En période de canicule, les marathons et courses urbaines sont particulièrement surveillés. Quelques minutes suffisent à secourir un coureur victime de coup de chaleur, mais l’accès à certaines parties du parcours (vieux port, rues étroites) exige une logistique sans faille : motos médicalisées, équipes à vélo, brancards portatifs…

Chiffres clés et perspectives pour les secours en événementiel dans le 13

  • Entre 2019 et 2023, plus de 1 000 dispositifs prévisionnels de secours ont été mis en place dans le département (source : SDIS 13).
  • Environ 20 % des interventions en milieu sportif concernent des blessures liées à la pratique ou à l’environnement du site ; 60 % relèvent du malaise ou de l’irritation due à la chaleur, au froid ou à la consommation d’alcool (source : Observatoire régional santé PACA).
  • Le SDIS 13 forme chaque année plus de 2 500 personnes aux gestes de premiers secours, dont une majorité de bénévoles événementiels et membres de clubs sportifs.

À retenir : la sécurité, une chaîne à laquelle chacun participe

Derrière chaque événement sportif ou festif des Bouches-du-Rhône se cache une chaîne humaine et technique, rarement visible, toujours mobilisée. Les pompiers y jouent un rôle clé, de la préparation à l’après, en passant par l’urgence comme la prévention. Leur mission ? Que la fête, le match ou la course se passe bien – et qu’en cas de coup dur, chaque minute compte.

Pour les organisateurs d’événements, la collaboration avec le SDIS 13, l’anticipation des risques et la formation de leur staff sont des garanties de succès et de sérénité. Pour le public, quelques réflexes simples (repérer les sorties de secours, éviter de bloquer les allées, signaler sans attendre toute anomalie) peuvent faire la différence. À chacun de jouer son rôle pour que les Bouches-du-Rhône restent un territoire de fête – et de vigilance partagée.

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