Plongée dans le quotidien des pompiers des Bouches-du-Rhône : entre urgence, prévention et résilience

24 octobre 2025

Comprendre l’engagement citoyen des pompiers du 13

Ils patrouillent de Marseille à la Sainte-Victoire, veillent sur les Alpilles, interviennent à Salon, Martigues, Aix… L’image du camion rouge hurlant à travers la circulation n’est qu’une facette, certes spectaculaire, d’une mission bien plus vaste. Les pompiers des Bouches-du-Rhône – département classé parmi les plus à risques en France – portent des responsabilités qui dépassent le seul cadre de l’urgence.

Décryptons, à travers des exemples vécus, des chiffres précis et des témoignages recueillis localement, ce que recouvrent vraiment leurs missions – bien au-delà des clichés.

Un département sous haute vigilance : pourquoi les Bouches-du-Rhône sont un cas à part

Les Bouches-du-Rhône, ce sont plus de 2 millions d’habitants (INSEE 2023), 400 km de littoral, 285 communes, une des métropoles les plus denses du pays… Ajoutez à cela des sites industriels majeurs (Fos, Berre, Lavéra), des axes routiers très fréquentés, et surtout, un climat marqué par la sécheresse et le mistral.

Le Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS 13) assure ici chaque année environ 130 000 interventions (SDIS 13). Pour chaque appel, un choix vital : urgence absolue, relative ou simple conseil ?

Les piliers de l’action : quatre missions majeures et complémentaires

  • Le secours d’urgence aux personnes (SUAP) :  Ce que l’on ignore souvent, c’est que la majeure partie des interventions ne concerne pas les incendies, mais le secours à victime. En 2022, près de 80 % des sorties du SDIS 13 étaient des secours à personne (malaise, accident domestique, AVC, chute).
  • La lutte contre les incendies : Qu'il s'agisse de feux de forêts, d'immeubles ou d'usines classées Seveso, la Provence figure parmi les premiers départements pour le nombre et la gravité des incendies. Plus de 6000 hectares ont brûlé sur la décennie 2012-2022, dont des villages entiers évacués (ONF).
  • La prévention des risques : Contrôles d’établissements recevant du public (ERP), passage dans les écoles, conseils aux collectivités et aux particuliers, campagnes de débroussaillement… Cette mission est souvent invisible, pourtant capitale pour éviter le pire.
  • La protection des biens et de l’environnement : Marées noires, pollutions chimiques, risques industriels majeurs, mais aussi sauvetages animaliers, inondations et assistance technique lors de tempêtes.

Le secours à personne : 24h/24, 7j/7, au cœur des familles

Du cœur de Marseille aux villages isolés du Luberon, les appels concernent aussi bien l’accident de la route à l’heure de pointe que la mauvaise chute d’un senior dans son salon.

Exemple vécu : Un jeudi soir, le bip sonne à la caserne d’Aubagne. Signalement : "Enfant inconscient, difficulté respiratoire, quartier de La Penne". Arrivés sur place, les pompiers découvrent une crise allergique sévère. Premier geste : injection d’adrénaline, puis transport immédiat sous monitoring à l’hôpital de La Timone. Quarante-cinq minutes cruciales entre la vie et la mort, dont dépendra toute la suite.

  • 95% des interventions sont gratuites pour le citoyen – le vrai coût est pris en charge par la solidarité nationale.
  • Les pompiers travaillent main dans la main avec le SAMU, le 15, et parfois des équipes de la police ou de la gendarmerie. Coordination toute particulière lors de rixes urbaines ou d’incidents à grande ampleur, comme lors du tragique affaissement d’immeubles rue d’Aubagne en 2018 (Le Monde).

Feux de forêt en Provence : un fléau saisonnier mais pas que…

La peur des feux hante l’été provençal. Un mégot jeté, une haie non débroussaillée, une cheminée d’usine, et c’est parfois des centaines d’hectares qui s’embrasent en quelques heures avec le mistral en embuscade.

  • Les Bouches-du-Rhône sont, depuis vingt ans, l’un des trois départements français les plus touchés par les feux de forêt (ONF, 2022).
  • Dans le département, une intervention sur trois pour incendie concerne un espace naturel (forêts, garrigues), loin devant les sinistres domestiques des villes.
  • En juillet 2020, à Martigues et Port-de-Bouc, plus de 1200 hectares sont partis en fumée en quelques heures malgré un déploiement record de 1800 pompiers, 8 Canadairs et des centaines de véhicules (France Bleu).

Mais contrairement à l’image médiatique, l’hiver n’est pas synonyme de repos. Les pompiers se préparent, révisent les plans, assurent l’entretien du matériel, et organisent d’importants volets de formation et de sensibilisation auprès des élus et des habitants.

Ils rappellent : 90% des feux sont d’origine humaine, le plus souvent par négligence.

Prévenir pour ne pas subir : la face cachée du métier

“On ne dira jamais assez que le meilleur incendie, c’est celui qui n’a jamais eu lieu”, explique un officier de prévention du SDIS rencontré au centre de formation de Velaux. Un jour sur deux, chaque équipe consacre du temps à la visite de bâtiments publics ou privés, à la vérification d’extincteurs, à la formation du personnel.

  • Plus de 2300 établissements contrôlés chaque année dans le département, dont 450 écoles.
  • Des opérations de prévention sont menées dans les collèges pour apprendre les bons gestes (évacuation, alerte, premiers secours).
  • Les campagnes de débroussaillement concernent désormais plus de 60 000 habitants dans les zones à risque d’incendie (chiffres SDIS 13, 2022).

Le saviez-vous ? Refuser le débroussaillement de son terrain, c’est s’exposer non seulement à une amende mais aussi à des poursuites en cas d’incendie (loi n° 2001-602).

Pollutions, risques industriels, inondations : l’adaptation permanente

En 2020, lors de l’incendie du site industriel Lubrizol à Rouen, le spectre d’un accident du même type a plané sur la zone pétrochimique de Fos ou Berre. Munis de combinaisons NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique), des équipes spécialement formées restent en veille permanente.

  • Chaque année, plus de 200 interventions pour incidents chimiques ou pollution recensées dans les Bouches-du-Rhône (SDIS 13).
  • Après les inondations de novembre 2019 (plus de 100 mm de pluie sur Marseille en quelques heures, Météo-France), des centaines d’habitants ont été évacués et assistés dans l’urgence, avec des opérations de pompage et de sécurisation d’immeubles.
  • Les risques “hors calendrier” : sauvetage d’animaux, effondrements, risques électriques, interventions sur la voie publique, désincarcérations lors d’accidents de la route (près de 350 par an).

Dans la peau d’un pompier : routines et imprévus au quotidien

“On ne sait jamais ce que la journée va nous réserver”, confie Thomas, pompier à la caserne de Marseille La Blancarde, sous anonymat. Un matin, il part pour une suspicion d’infarctus ; l’après-midi, il éteint un feu de compteur électrique dans un sous-sol humide. Entre deux, il trouve le temps d’accueillir une classe de CM2 pour leur expliquer pourquoi composer le 18 – ou le 112 – n’est pas anodin.

  1. Garde postée : En caserne, entretiens du matériel, séances de sport, formations et astreintes. L’attente peut vite prendre fin à la moindre sonnerie…
  2. Patrouille ou intervention programmée : Visite de prévention, contrôle de conformité, formation à la sécurité incendie en entreprise ou dans les écoles.
  3. Situation imprévue : Appel pour une personne coincée dans son ascenseur, puis, quelques heures plus tard, mobilisation en renfort lors d’un incendie de pinède avec risque de propagation vers des habitations.

Chaque mission porte ce mélange d’entraide, de stress, d’exigence… et d’adaptation permanente aux réalités du terrain provençal.

Chiffres-clés et innovations : zoom sur le SDIS 13

IndicateurValeur (2022)
Nombre d’interventions totalesEnv. 130 000
Pompiers professionnels2 200
Sapeurs-pompiers volontaires5 100
Femmes parmi les effectifsEnviron 16 %
Centres de secours76
Véhicules opérationnelsPlus de 800

Le département a aussi massivement investi dans la modernisation : drones de reconnaissance, colonnes mobiles pour interventions longues, équipements NRBC, voire essais de robots-pompiers sur feux industriels (voir La Provence).

Alerter avec discernement : comment bien faire appel aux pompiers ?

  • Le 18 : Ligne directe des pompiers pour tout danger (feu, fumée suspecte, secours vital).
  • Le 112 : Numéro d’appel d’urgence européen, joignable d’un portable même sans crédit ni carte SIM.

Avant d’appeler, posez-vous les questions suivantes : la vie ou la sécurité immédiate d’une personne ou de biens est-elle en jeu ? S’agit-il d’un incident qui nécessite l’intervention d’urgence (feu, malaise grave, fuite de gaz) ?

  • Pour un nid de guêpes, une fuite d’eau minime ou l’ouverture d’une porte sans danger immédiat, il existe des entreprises spécialisées – voir la rubrique Conseils au quotidien du SDIS 13.

Un appel non justifié, c’est parfois retarder l’arrivée d’un secours là où chaque minute compte.

Le futur du métier dans les Bouches-du-Rhône : vigilance, adaptation, mobilisation citoyenne

L’augmentation de la population, le vieillissement, la croissance urbaine et les risques climatiques posent déjà de nouveaux défis. L’avenir s’écrit avec les citoyens eux-mêmes : débroussailler, prendre le temps de se former (initiation aux premiers secours : aller voir une session dans votre commune), signaler les comportements à risques, c’est chacun à son échelle participer à la prévention.

Dans les Bouches-du-Rhône, être pompier c’est, bien sûr, éteindre les feux et secourir. Mais c’est surtout être au cœur du tissu local : conseiller, rassurer, former… et, bien souvent, prévenir l’irréparable plus que soigner son expression flamboyante dans l’urgence.

Parce que le plus grand danger reste celui qu’on ne prépare pas.

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