Dans la peau d’un pompier du 13 : le matériel de désincarcération décortiqué

5 décembre 2025

Entrer dans l’urgence : à quoi sert la désincarcération ?

Chaque année dans les Bouches-du-Rhône, plus de 800 accidents de la circulation impliquent une intervention des sapeurs-pompiers pour désincarcérer des victimes (Source : SDIS 13, rapport 2022). La désincarcération consiste à extraire une personne coincée dans un véhicule accidenté, le plus souvent à la suite d’un choc frontal, d’un tonneau ou d’une collision à grande vitesse. Ce geste technique exige précision, sang-froid, et un matériel extrêmement spécialisé. En Provence, entre Marseille, Salon et Aubagne, c’est une routine qui se joue presque chaque jour.

Les incontournables du fourgon désincarcération

Pour comprendre ce qui s’embarque à bord d’un VSAV (Véhicule de Secours et d’Assistance aux Victimes) renforcé ou d’un VSR (Véhicule de Secours Routier), il suffit d’observer, sur le terrain, la mécanique rodée d’une manœuvre type.

  • Groupe hydrauliques : véritable cœur du matériel, ce générateur alimente des outils puissants par un jeu de flexibles haute pression. C’est lui qui rend les pinces de désincarcération opérationnelles en quelques secondes.
  • Pinces de désincarcération : utilisées pour écarter ou découper des tôles déformées. Certains modèles, récents, comme ceux de la marque Lukas adoptés par le SDIS 13, développent une force de plus de 1 000 bar.
  • Cisailles hydrauliques : capables de sectionner des montants en acier trempé (montant de portière B ou C notamment).
  • Vérins d’écartement : essentiels pour dégager des parties de l’habitacle ou relever un tableau de bord écrasé sur la victime.
  • Écarteurs : ils permettent de créer un espace pour engager la découpe, ou d’écarter les portières et l’habitacle replié.
  • Matériel complémentaire : lampes frontales LED, couvertures thermiques, scies sabres électriques, déploient leur utilité pour sécuriser et accélérer l’extraction.

Dans le 13, à chaque sortie « route », 2 à 4 de ces outils sont systématiquement engagés. Mais d’autres équipements viennent compléter l’arsenal.

Étude de cas : Appel type de nuit sur l’A7

Il est 3h17, au niveau de Vitrolles. Un appel 18 arrive : « Voiture sur le toit, deux personnes coincées ». À peine dix minutes plus tard, le VSR de la caserne de Marignane arrive à proximité. Ordre d’intervention donné : sécurisation du périmètre, coupure du contact batterie, pose de cales sous la voiture pour éviter tout basculement, puis le bal des outils s’organise.

  • Le chef d’agrès désigne l’équipe d’attaque : deux sapeurs-volontaires équipent la pince hydraulique, alimentée par un générateur Lucas eDRAULIC sur batterie (modèles introduits en 2021 dans le 13, pour une meilleure mobilité).
  • La portière résistante est cisaillée en 28 secondes. Sous la supervision de l’infirmier SSSM, une couverture de protection est posée entre la victime et la pince, pour éviter toute blessure supplémentaire.
  • En parallèle, un vérin pousse le tableau de bord libérant la première victime, qui peut enfin être évacuée sur un plan dur.

Ce type d’opération, menée selon le protocole SDIS 13 « Code Rouge Route », mobilise généralement 7 à 12 minutes d’extraction pour chaque victime, un record en France, alors que la moyenne nationale oscille autour de 15 minutes (Source : Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, FNSPF).

L’évolution du matériel : du lourd à l’ultra-mobile

Avant les années 2015, le département utilisait principalement des systèmes hydrauliques filaires. Depuis, l’innovation bat son plein :

  • Outils sur batterie lithium : Philips, Hurst et Lucas ont investi les casernes d’Arles à Aix-en-Provence avec des équipements sans fil. Avantages : gain de place, rapidité d’installation, et sécurité accrue pour les intervenants, notamment lors d’accidents impliquant des véhicules hybrides ou électriques où les risques de court-circuit sont élevés (SDIS 13).
  • Pads de protection : ces tapis souples permettent de protéger les membres des victimes lors des phases de découpe.
  • Caméras thermiques portatives : désormais courantes, elles servent à localiser précisément les victimes non visibles ou inconscientes, par exemple dans un accident de nuit ou sous le capot d’un poids-lourd.

Les nouveaux VSR déployés en 2022 dans le 13 embarquent jusqu’à 2 tonnes de matériel dédié, mais avec des systèmes conçus pour être déployés et repliés en moins de trois minutes.

Focus : Le défi de la désincarcération sur véhicules modernes

L’un des enjeux majeurs de la désincarcération en 2024, c’est l’évolution constante de la sécurité passive des véhicules. Plus de 60% des véhicules circulant dans le département sont équipés d’airbags frontaux ou latéraux, de structures renforcées, voire de batteries haute tension (Sécurité Routière).

  • Désincarcérer un véhicule électrique : expose à des risques d’électrocution (batteries 400/600V) et d’incendie secondaire. Les équipes du 13 sont systématiquement formées à identifier les coupe-circuits d’urgence et utilisent des outils non-conducteurs pour la première ouverture.
  • Capteurs d’airbag intacts : Un choc secondaire peut déclencher un airbag non sorti lors de la découpe. Des dispositifs d’immobilisation d’airbag sont systématiquement placés.

Le SDIS a d’ailleurs établi un partenariat avec l’EMC de Gardanne en 2023 pour la formation continue à la désincarcération sur véhicules hybrides.

En coulisses : témoignage d’un équipier intervenant dans le 13

« Parfois, l’urgence, c’est aussi de ne pas aller trop vite, témoigne Damien, 12 ans d’expérience à la caserne de Lambesc. Vous avez une jeune femme, les jambes prises sous le tableau de bord. Il faut décider, parfois en 30 secondes, si on attaque par la portière ou le coffre… Façonner un trou de souris ou sortir toute la banquette arrière. Notre matériel est fiable, mais c’est le geste qui fait la différence. Un instant d’inattention et tout peut basculer. »

Le stress, l’adrénaline, la concentration… Ce sont aussi ces histoires humaines qui rythment chaque désincarcération. Dans le 13, le ressenti, c’est aussi une solidarité sans faille : entre pompiers, entre services (gendarmerie, Samu), et aussi vis-à-vis des familles souvent présentes, en état de choc, sur la bande d’arrêt d'urgence.

Quelques chiffres marquants dans les Bouches-du-Rhône

  • 850 : interventions annuelles pour accidents avec utilisation du matériel de désincarcération (SDIS 13, 2022).
  • 36 % : des accidents nécessitant une découpe de portière (FNSPF, 2023).
  • 7 minutes 40 : temps moyen de sécurisation et d’extraction d’une première victime sur un véhicule léger, selon les statistiques du SMUR Marseille/Sdis13.
  • 19 : VSR répartis entre Marseille, Aix, Martigues, Arles, Salon…
  • Plus de 200 : sapeurs-pompiers formés à la désincarcération avancée.

Prévenir, c’est aussi connaître le matériel de vos secours

Chaque intervention de désincarcération mobilise une équipe entière et des équipements spécialisés. Soutenir la prévention, c’est aussi comprendre l’importance de ces matériels, leur coût (jusqu’à 18 000 € pour un jeu complet de cisailles/pinces hydrauliques), et leur impact concret sur la chaîne de survie.

  • Ne jamais tenter d’extraire une victime soi-même : la moindre erreur peut avoir des conséquences dramatiques (hémorragie, lésion médullaire).
  • Se contenter d’alerter (15/18/112), protéger la zone et rassurer la victime est déjà un acte crucial.
  • La meilleure des désincarcérations, c’est celle qu’on évite : prudence sur les routes, respect des limitations, anticipation des dangers.

Et parce que chaque minute compte – et que la technologie ne remplacera jamais le discernement d’une équipe de terrain – la culture du secours, en Provence comme ailleurs, commence par la connaissance... et le respect du matériel qui sauve.

En savoir plus à ce sujet :