Vivre au plus près de la forêt dans le 13 : sécuriser sa maison, un geste citoyen

23 avril 2026

L’incendie de forêt : une menace bien réelle dans les Bouches-du-Rhône

Depuis la fenêtre de votre salon, la garrigue ondule sous le soleil, avec ces senteurs de pin et de romarin. Sur les hauteurs de Vitrolles, dans les collines d’Allauch ou aux abords du massif de l’Étoile, vivre près de la nature est un privilège… mais pas sans risque. En 2022, les Bouches-du-Rhône ont connu plus de 470 départs de feu recensés (source préfectorale), dont la majorité en zone périurbaine, souvent à quelques centaines de mètres seulement des habitations.

L’image est forte : en juillet 2020, un feu fulgurant a parcouru 1 500 hectares près de Martigues, obligeant à l’évacuation de plus de 2 700 riverains, la plupart n’ayant jamais imaginé voir les flammes aussi proches. C’est ce type de réalité de terrain qui nous pousse, chez Urgence, Défense, Sauvetage, Prévention - 13, à rappeler que le risque incendie n’est pas une abstraction.

Comprendre le risque : pourquoi les maisons sont vulnérables ?

Contrairement à ce que l’on pense parfois, le feu ne s’arrête pas devant un portail ou une clôture. Trois facteurs principaux rendent les habitations vulnérables :

  • Les matériaux utilisés pour la construction (végétaux persistants, bardages bois non traités, volets ajourés).
  • L’absence de débroussaillement autour des maisons et dans les jardins, qui favorise la propagation rapide des flammes.
  • Les ouvertures non protégées (vents, balcons non sécurisés), par lesquelles les braises s’infiltrent.

Un détail change tout. Comme l’expliquait récemment un ancien chef de colonne d’intervention sur Aix, « la plupart des habitations détruites étaient parfaitement isolées à l’intérieur mais ouvraient grand la porte au feu depuis leur extérieur » (témoignage recueilli pour La Provence, août 2023).

Étape 1 : L’obligation légale de débroussaillement

Dans les Bouches-du-Rhône, le code forestier rend le débroussaillement obligatoire dans un périmètre de 50 mètres autour des constructions situées à moins de 200 mètres d’un espace boisé. L’objectif : créer une « zone tampon » ralentissant le feu et protégeant la maison.

Comment débroussailler de façon efficace ?

  • Éliminer la végétation basse (herbes sèches, broussailles, petits arbustes).
  • Couper les branches basses d’arbres pour éviter qu’elles ne servent d’échelle au feu : garder à 2 mètres du sol a minima.
  • Espacer les arbres adultes d’au moins 3 mètres, afin d’éviter la propagation de cime à cime.
  • Éloigner bois de chauffe, tas de compost et mobilier de jardin à plus de 10 mètres de la maison.

Les contrôles peuvent conduire à une amende de 30 €/m² non débroussaillé (source : DDTM 13). Mais au-delà de la sanction, il s’agit avant tout de limiter fortement les dégâts potentiels : selon l’ONF, une maison débroussaillée a cinq fois plus de chances de résister à un incendie.

Étape 2 : Adapter et entretenir la maison face au feu

Parmi les retours de terrain, certaines maisons restent debout alors que leurs voisines disparaissent. La différence ? Une véritable « culture du feu » au quotidien.

Matériaux et adaptations simples, poste par poste

Élément de la maison Risque Bonne pratique
Toiture Accumulation de feuilles et de résineux, pénétration de braises Installer des gouttières métalliques, protéger les ouvertures avec un grillage fin > 2 mm, nettoyer régulièrement
Volets et fenêtres Fragilité des vitrages, volets ajourés Privilégier les volets pleins (bois traité, métal), remplacer les vitres fissurées, prévoir des protections temporaires
Portes Entrée directe de la chaleur et des fumées Joint d’étanchéité, seuil métallique, vérifier la fermeture hermétique
Terrasse Stockage de matières inflammables Dégager tout objet combustible (coussins, meubles en résine, bois, bouteilles de gaz détachées)

Le cas des piscines et citernes de défense extérieure

Un bassin ou une piscine peut être un atout majeur : les pompiers les utilisent fréquemment lors des interventions, à condition que l’accès soit possible. Pensez à signaler votre piscine à la mairie, à l’équiper d’une prise d’eau normalisée si possible et à en dégager l’accès pour un camion de secours (source : SDIS 13).

Étape 3 : Se préparer individuellement et collectivement

Sur le terrain, lors d’une intervention en août 2021 près de Mimet, la solidarité du voisinage a permis d’éviter la propagation d’un feu parti d’un barbecue mal maîtrisé. L’alerte rapide, la connaissance mutuelle, et surtout un plan d’évacuation connu de tous, ont fait la différence.

Avoir un plan d’urgence familial

  • Désigner un point de rassemblement à l’abri à proximité
  • Préparer à l’avance une trousse d’urgence : papiers d’identité, médicaments, lampe torche, eau, vêtements de rechange
  • Établir la liste des animaux domestiques à évacuer
  • Prévoir un double des clés du portail accessible ou confié à un voisin

Savoir comment réagir lors d’un feu

  • Fermer volets et portes, couper la ventilation mécanique et le gaz, placer serviettes ou chiffons mouillés devant les interstices de portes
  • Garder la ligne téléphonique libre pour d’éventuelles consignes des secours
  • S’éloigner du front de flammes seulement sur ordre des autorités, et jamais au dernier moment

Quand et comment alerter les pompiers ?

La moindre suspicion de feu doit pousser à composer le 18 ou le 112. Donnez votre nom, l’adresse précise, le point d’accès (code portail si nécessaire) et tout élément utile (présence de personnes, animaux, réserves de gaz). Pour rappel, 64 % des départs de feux maîtrisés le sont grâce à une alerte précoce (Rapport SDIS 13, 2022).

Les fausses alertes restent fréquentes (« fumée de barbecue », écobuages non déclarés) mais il vaut mieux prévenir une intervention que de la regretter. Lors d’un épisode de chaleur extrême, soyez particulièrement attentif : en 2023, le nombre de départs de feux double lors des journées de vent fort (Mistral), selon Météo-France.

Quels dispositifs de prévention collectifs ?

Certaines communes du 13 disposent de « patrouilles vertes » bénévoles ou organisent des réunions d’information avant la saison sèche. Rapprochez-vous de votre mairie ou des associations locales de prévention. Près de Salon-de-Provence, un collectif de riverains a ainsi mis en place un système de veille partagée qui a permis, en juillet 2021, de signaler un départ de feu de broussailles en lisière d’habitation avant même l’arrivée des premiers camions.

Tableau : Bons réflexes collectifs à développer

Action citoyenne Effet
Créer ou rejoindre un comité de quartier pour la prévention Partage d'alerte rapide, entraide lors d’évacuation
Organiser des sessions de formation aux premiers gestes Réduction du temps de réaction, meilleure information
Partager les données cadastrales d’accès avec les pompiers Gain de temps précieux lors des interventions

Aller plus loin : la vigilance, culture du quotidien

La région PACA, malgré l’excellence des services de secours, ne peut tout faire seule. Une maison protégée, c’est avant tout un propriétaire vigilant : passage régulier du souffleur sur le toit, contrôle saisonnier des ouvertures, signalement d’arbres morts, refus catégorique de tout brûlage sauvage.

Appropriez-vous cette culture du risque : préparez vos proches, parlez-en avec le voisinage, consultez les arrêtés municipaux ou départementaux sur l’emploi du feu et les périodes critiques (consultables sur le site de la préfecture www.bouches-du-rhone.gouv.fr). Pour les zones particulièrement vulnérables, vérifiez l’intégration de votre quartier au Plan Communal de Sauvegarde (PCS).

Enfin, sachez que la prévention, c’est aussi une capacité d’action : chaque geste compte pour sauver votre maison et, parfois, votre vie. Vivre au plus près de la forêt dans le 13 est un bonheur, mais la vigilance et la préparation sont des devoirs autant que des droits du citoyen.

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