Agir face aux fumées en immeuble : les réflexes qui sauvent à Marseille

21 mars 2026

Dans le contexte spécifique de Marseille, la gestion des évacuations d’immeubles face à des fumées dans la cage d’escalier repose sur des principes cruciaux pour limiter les risques d’intoxication et sauver des vies.
  • La fumée est la première cause de décès lors des incendies d’habitation : elle est toxique et peut rendre une cage d’escalier impraticable en quelques minutes.
  • Les immeubles anciens ou récents de Marseille présentent des configurations variées (escaliers étroits, issues mal signalées, parfois absence de désenfumage), augmentant la complexité des évacuations.
  • Des règles simples (fermer sa porte, rester confiné en cas de fumée dense, alerter les secours, se signaler à la fenêtre) peuvent faire toute la différence en situation d’urgence.
  • Les pompiers marseillais recommandent l’anticipation : repérer les sorties, connaître les risques, former régulièrement les résidents.
  • Collaboration, prévention et réactions éclairées sont les clefs pour réduire les accidents, souvent évitables, liés aux incendies d’immeubles urbains.

Fumée : l’ennemi mortel, bien avant les flammes

Dans l’imaginaire collectif, le feu tue par les flammes. En réalité, la fumée est responsable de plus de 80% des décès lors des incendies domestiques (Sécurité Prévention). Un appel type arrive au centre de traitement des alertes : « Il y a une odeur de brûlé dans la cage d’escalier, on ne voit plus rien, je crois que c’est un feu d’appartement ». Entre le début de l’incendie et l’alarme donnée, il s’écoule parfois cinq à dix minutes – un temps qui suffit largement pour rendre la cage d’escalier totalement irrespirable.

Que contient cette fumée ? Un cocktail toxique : monoxyde de carbone, cyanure d’hydrogène, particules fines… Quelques respirations suffisent pour perdre connaissance ou subir des séquelles permanentes. Et contrairement à ce que l’on croit, la plupart des victimes ne meurent pas brûlées, mais asphyxiées, souvent en tentant une évacuation mal préparée.

Les particularités marseillaises : un terrain d’intervention complexe

Parmi les 3000 incendies annuels recensés dans les Bouches-du-Rhône (source : SDIS 13), une proportion significative a lieu dans les habitats collectifs. Les immeubles anciens du centre-ville, souvent dotés de cages d’escalier en bois, ventilation mal maîtrisée, portes coupe-feu parfois absentes ou hors service, sont particulièrement à risque. Les bâtiments plus récents disposent parfois de systèmes de désenfumage automatique… mais leur efficacité dépend d’une maintenance rigoureuse, pas toujours assurée.

Un pompier marseillais raconte anonymement : « Souvent, lorsqu’on arrive sur place, la cage d’escalier est noire de fumée. Il y a cette tentation pour les gens de courir dehors. Parfois, c’est la dernière décision qu’ils prennent. »

Type d’immeuble Risques principaux Précautions spécifiques
Immeuble ancien (avant 1970) Absence de désenfumage, escaliers/niveaux peu étanches, issues multiples mal signalées Repérage rigoureux des issues, formation aux gestes de confinement
Immeuble récent (+1970) Désenfumage parfois inactif, fausse confiance dans les normes Vérification régulière des installations, implication du syndic
Tour HLM, quartiers périphériques Evacuation de masse difficile, communication parfois déficiente Signalisation claire, exercices d’évacuation collectifs

Comprendre les risques : le schéma mental du pompier en intervention

  • 1. Prise d’appel : Information cruciale. Où est le feu : cage d’escalier, appartement, local technique ? Y a-t-il des personnes bloquées ?
  • 2. Lecture rapide de la cage d’escalier : Épaisseur, couleur, densité de la fumée. Fumée noire et dense = combustion de matières plastiques, danger maximal.
  • 3. Evaluation des accès : Escalier unique ou voies alternatives (escaliers de secours, passerelles) ? Ascenseur hors service ou piège ?
  • 4. Recherche de victimes : Repérage auditif et visuel. Frapper aux portes, écouter les appels au secours, identifier les signes de présence derrière les portes.
  • 5. Décision évacuation/confinement : Si la cage d’escalier est déjà saturée de fumée, le confinement dans les appartements est conseillé, portes fermées, bas calfeutré, signalement aux fenêtres.

Un exemple marquant : juin 2022, quartier de la Belle-de-Mai. Sur un feu d’appartement au 2ème étage, trois personnes tentent de descendre l’escalier déjà envahi de fumée. Elles sont retrouvées en arrêt cardio-respiratoire au rez-de-chaussée. Tous les voisins qui sont restés confinés dans leurs appartements seront évacués, indemnes, par l’extérieur une heure plus tard.

Évacuer ou se confiner : comment décider et agir ?

Vous êtes dans votre appartement, l’alarme incendie retentit (ou l’odeur de fumée vous alerte). Voici les conseils à suivre :

  • 1. Avant tout, évaluez la situation derrière votre porte :
    • Faites le test de la chaleur : posez le dos de la main sur la porte d’entrée et le cadre. Si c’est brûlant, n’ouvrez surtout pas.
    • Regardez par le judas ou une petite ouverture : si la fumée est épaisse, ne sortez pas.
  • 2. Si la cage d’escalier est claire et accessible :
    • Sortez rapidement, en refermant soigneusement la porte derrière vous (pour freiner la progression du feu).
    • Ne prenez ni ascenseur, ni objets personnels encombrants.
    • Prévenez vos voisins sur votre passage, sans prendre de risques déraisonnables.
  • 3. Si la fumée est présente (“ça pique déjà les yeux ou la gorge”) :
    • Restez confiné dans votre logement.
    • Bouchez le bas de la porte avec des linges mouillés.
    • Appelez les pompiers : composez immédiatement le 18 (ou 112). Donnez l’adresse précise, l’étage, précisez si vous êtes bloqué(e).
    • Allez à la fenêtre pour vous signaler, sans tenter une fuite dangereuse par l’extérieur.

Conseils pratiques pour les résidents marseillais

  • Repérez les issues de secours et sorties alternatives : Ne pensez pas qu’il n’y en a qu’une seule. Les plans d’évacuation devraient être affichés – exigez-les de votre syndic ou propriétaire.
  • Ne jamais obstruer (meubles, vélos, poussettes) les parties communes. C’est une cause fréquente d’aggravation lors des évacuations – factuellement retrouvée sur de nombreux feux d’immeubles.
  • Interrogez le fonctionnement des systèmes de désenfumage et des alarmes : Pas de honte à poser la question au syndic ; les pompiers constatent en intervention que beaucoup de dispositifs sont inactifs faute de maintenance.
  • Prévoyez dans votre logement :
    • Une lampe torche à portée (la fumée peut couper l’électricité).
    • Des linges facilement accessibles pour calfeutrer les portes.
    • Un téléphone chargé.
  • Formez-vous et formez vos proches : Les enfants doivent comprendre qu’il ne faut jamais descendre si la fumée est dense – quitte à répéter la consigne régulièrement.

Le vécu des pompiers : quand chaque étage change la donne

Dans la peau d’un pompier, l’arrivée sur un feu d’immeuble est une course contre la montre. Chaque étage à gravir, c’est un palier supplémentaire de risques. Le matériel (appareils respiratoires isolants, lances à eau) est lourd, la visibilité nulle. Ce que l’on cherche, c’est le cri, la main au balcon, le signe derrière une fenêtre. Plus de la moitié des interventions d’évacuation en immeuble à Marseille aboutissent à des mises en sécurité par échelle aérienne ou grande échelle (SDIS 13), surtout dans les arrondissements du centre où les cages d’escalier se transforment vite en cheminée verticale pour les fumées.

Une anecdote : intervention dans un immeuble du Panier, hiver 2020. Appel pour « fumée dans la cage ». Sur place, l’odeur âcre, la tension palpable. Un résident tente une sortie, il rebrousse chemin. Conseils criés à la porte : « Mettez un torchon mouillé, attendez qu’on vienne vous chercher ! » Ce soir-là, la discipline collective a limité le bilan à deux malaises, sans perte humaine.

L’après-évacuation : prévention et retour d’expérience

  • Après un incident, restez vigilant sur la reprise de feu ou la persistance de fumées.
  • Suggérez ou participez à un débriefing collectif organisé par les secours ou le syndic :
    • Quels réflexes ont sauvé ?
    • Quelles améliorations à prévoir (alarme, désenfumage, signalétique) ?
  • Exigez la remise en service totale des dispositifs de sécurité avant de regagner vos logements.
  • Pour aller plus loin : il existe à Marseille des formations gratuites à l’évacuation et à la prévention incendie proposées par la mairie ou certaines associations. Elles apportent des repères concrets pour toute la copropriété.

Regard collectif : là où la prévention fait toute la différence

Chaque année à Marseille, plusieurs vies sont épargnées parce qu’un voisin a fermé sa porte, parce qu’une mère de famille a refusé d’affronter la fumée, parce qu’un habitant a osé demander une vérification du désenfumage lors d’une réunion de copropriété. C’est ce maillage de vigilance, d’information et d’anticipation qui transforme un immeuble en communauté mieux armée face au risque. Les pompiers, eux, continuent de témoigner : l’évacuation réussie, c’est d’abord celle qui est choisie en connaissance de cause – jamais dans la précipitation, toujours avec méthode et sang-froid.

Penser collectif et agir préventif, c’est donner toutes les chances à son immeuble… et à ses habitants, face à la prochaine alerte qui pourrait bien survenir là où personne ne l’attend.

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