Propriétaires en zone forestière : tout savoir sur le débroussaillage obligatoire dans les Bouches-du-Rhône

10 mai 2026

Vivre sous la menace des feux de forêt en Provence : histoires d’alerte et de prévention

Chaque été, les pompiers du département reçoivent plusieurs centaines d’appels pour des départs de feu aux abords des massifs. Impossible d’y échapper, la Provence vit avec le risque incendie. Nous avons tous en mémoire ce jour de juillet 2016, où le feu a parcouru des kilomètres entre Velaux et Rognac, détruisant près de 3000 hectares (source : Préfecture des Bouches-du-Rhône). Mais ce que l’on sait moins : sur chaque sinistre, l’état du débroussaillage des terrains a un impact capital.

Jean, pompier dans un centre de secours près d’Aix, se rappelle une intervention « où on a vraiment senti la différence : deux maisons voisines, l’une encerclée d’herbes hautes, l’autre bien débroussaillée. La première : évacuation en urgence, perte presque totale. La seconde : feu stoppé à 10 mètres. »

Cette prévention fondamentale s’appelle le débroussaillage, ou DFCI — Défense de la Forêt Contre les Incendies. Une obligation légale, mais souvent mal connue des propriétaires. Voici ce qu’il faut en retenir, des textes officiels aux retours du terrain, pour mieux protéger vos biens et (surtout) vos vies.

Pourquoi débroussailler ? État des lieux et chiffres des incendies dans les Bouches-du-Rhône

En France, 40 % des surfaces brûlées chaque année concernent la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (source : ONF). Dans les Bouches-du-Rhône, selon le Sdis13, entre 400 et 800 hectares brûlent chaque été, et les chiffres repartent à la hausse depuis 2020, notamment en raison de la sécheresse et du Mistral.

  • 80 % des feux démarrent à moins de 50 mètres d’une habitation ou d’une voie (source : DDTM 13).
  • La plupart pourraient être freinés, ou évités, par un entretien régulier du terrain autour de la maison.
  • 100 % des sapeurs-pompiers que nous avons interrogés insistent : « La pire erreur, c’est de croire que le feu n'arrive qu’aux autres. »

Le débroussaillage, ce n’est donc pas une simple précaution esthétique : c’est le moyen le plus rapide, le moins coûteux aussi, de diminuer la gravité des incendies et de faciliter l’intervention des secours. Et sur ce point, la loi est très claire.

Que dit la loi : où, quand et dans quelles conditions débroussailler ?

Les zones soumises à l’obligation

Le Code forestier (articles L131-10 à L134-19), renforcé par les arrêtés préfectoraux locaux, impose à tout propriétaire ou occupant de débroussailler leurs terrains situés :

  • À moins de 200 mètres des bois, forêts, plantations, maquis et garrigues.
  • Dans certains cas, sur décision préfectorale, même au-delà de cette limite si le plan communal de prévention l’exige.

Surface à débroussailler : ce qui change avec le type de bien

Type de bien Zone à débroussailler Particularités
Maison individuelle Rayon de 50 mètres autour des bâtiments Que l’emprise déborde sur un terrain voisin ou non
Lotissement Toute la parcelle + 50 mètres autour Responsabilité partagée pour les espaces communs
Terrain nu Toute la surface + 50 mètres en périphérie /

(Source : Préfecture des Bouches-du-Rhône)

Un point d’alerte : si la zone de 50 mètres mord sur la propriété voisine, l’obligation vous incombe… il faut donc en discuter avec le(s) voisin(s) concerné(s) et, en cas de refus, solliciter la mairie.

Période de débroussaillage : quand agir ?

  • Obligation d’effectuer le débroussaillage au plus tard au 1er juin de chaque année dans les Bouches-du-Rhône.
  • Pendant la période à risque maximum (mi-juin à septembre), toute coupe ou brûlage peut être limité ou interdit : anticipez !

Sur le terrain, les contrôles se multiplient en fin de printemps, et de nombreux PV sont dressés chaque année pour manquement à cette obligation. Pour rappel, l’amende peut aller jusqu’à 1 500 € et la commune peut faire réaliser les travaux d’office (à vos frais).

Comment débroussailler : techniques, conseils pratiques et erreurs à éviter

Matériel nécessaire et méthodes

  • Débroussailleuse thermique ou électrique, coupe-bordures pour les endroits exigus.
  • Ébrancheuse, scie ou tronçonneuse pour les petits arbres ou branches basses.
  • Gants, lunettes, casque : sécurité d’abord !

Ce qu’il faut impérativement retirer ou réduire :

  • Herbes sèches (tonte à ras, exportation des déchets hors de la zone à risque).
  • Broussailles, brindilles, branchages au sol.
  • Arbres : élaguer les parties basses (2 m de hauteur sous la ramure près des bâtiments), écarter les houppiers (3 m minimum entre deux arbres).
  • Plantes et haies à proximité immédiate de la maison (évitez les essences très inflammables type cyprès, thuyas, pins).

Exemple sur le terrain : un contrôle communal

À Gréasque, en mai 2023, une équipe municipale accompagnée de deux pompiers a contrôlé 25 maisons. « Sur 3 terrains, le débroussaillage n’était pas conforme. À chaque fois, des tas de branches entassés sous les pins ou trop de végétaux collés à l’habitation », résume Christine, élue locale. Les propriétaires ont dû refaire les travaux en urgence, sous peine de sanction.

Tableau récapitulatif : à faire/ne pas faire

À faire À éviter absolument
Tondre régulièrement Laisser des tas de coupe ou des déchets végétaux sur place
Élaguer les arbres près des maisons Conserver haies, thuyas et conifères collés aux murs
Prévoir un accès pour les secours Barrer ou encombrer le portail d’entrée
Exporter les résidus loin de la zone boisée Brûler ses déchets verts sans autorisation

Le feu vu côté pompier : scènes d’intervention et effets du débroussaillage

Lors d’une intervention en août à Trets, au pied de la Sainte-Victoire, la lisière débroussaillée d’une propriété a permis à la première équipe d’éteindre les flammes en moins de 20 minutes. À l’inverse, un terrain laissé en friche quelques centaines de mètres plus loin a servi de « chemin de combustible », permettant au feu de sauter la route et de menacer une ferme. Impossible, ensuite, de passer les camions faute d'accès… et là, plus rien n’arrête les flammes.

Le témoignage revient souvent chez les pompiers : « Les maisons protégées, c’est celles où le feu s’arrête parce qu’il n’a plus rien à manger ». La statistique est parlante : lors de l’incendie de Martigues en 2020, 70 % des habitations bien débroussaillées ont été épargnées contre seulement 20 % de celles qui ne l’étaient pas (source : France Bleu Provence).

Cas particulier : les terrains en indivision, locations, grands ensembles

  • Indivision : obligation partagée par tous les co-indivisaires.
  • Location : le propriétaire reste responsable vis-à-vis de la loi, mais le bail peut mettre à la charge du locataire l’exécution matérielle des travaux.
  • Grands ensembles : les obligations concernent chaque lot privatif et, pour les parties communes, la copropriété ou l’association syndicale.

Dans tous les cas, le maire peut ordonner les travaux et engager la responsabilité de chacun. En cas de sinistre, les assurances peuvent aussi réduire ou refuser l’indemnisation si la preuve d’un mauvais entretien est apportée.

Que risque-t-on vraiment ? Sanctions et responsabilité en cas de feu

  • Amende administrative : jusqu’à 1 500 €, et jusqu’à 30 € du m² non débroussaillé après procédure d’office.
  • Responsabilité pénale : vous pouvez être poursuivi en cas de négligence ayant entraîné un dommage aux tiers.
  • Volet assurance : vérifiez vos contrats, de nombreux assureurs conditionnent l’indemnisation à la conformité réglementaire du débroussaillage.

Aller plus loin : ressources, contacts et dispositifs d’assistance

  • Consultez le site de la Préfecture des Bouches-du-Rhône pour les arrêtés et cartes communales.
  • Le portail VigieRisques pour vérifier si votre parcelle est concernée : www.vigierisques.gouv.fr
  • SDIS13 : conseils gratuits lors de permanences locales.
  • Un doute ? Demandez la visite d’un agent communal ou de l’ONF, en mairie ou auprès de la DDTM.

Débroussailler, c’est bien plus que respecter la loi. C’est aussi affirmer une forme de solidarité concrète envers vos voisins, vos proches, et ceux qui chaque été montent dans un fourgon pour défendre nos paysages, nos mas, nos souvenirs communs. La prévention est l’affaire de tous : sur le terrain, chaque geste compte.

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