Dans la peau d'un pompier face à un accident de la route : coulisses, techniques et réalités d’un sauvetage

27 novembre 2025

Premières minutes : l’appel, l’évaluation, le départ

Une sirène de téléphone retentit dans la caserne, le bip d’alerte déchire le silence d’un après-midi ordinaire. À la centrale 18, un opérateur reçoit un appel, une voix affolée décrit un « carambolage sur la D113, une voiture sur le toit, des blessés, peut-être coincés ». C’est souvent ainsi que débute, pour les pompiers, une intervention sur accident de la route.

En France, les accidents de la circulation représentent environ 10% des sorties annuelles des pompiers (Source : ONISR). En 2022, dans les Bouches-du-Rhône, sur près de 120 000 interventions, environ 15 000 concernaient des accidents de véhicules (Source : SDIS 13, rapport annuel). Derrière chaque statistique, une scène de chaos, d’angoisse – mais aussi d’organisation millimétrée.

Dès l’appel, l’opérateur tente de cerner rapidement la gravité de la situation :

  • Nombre de véhicules impliqués
  • Présence éventuelle de victimes coincées ou non
  • Risques annexes : incendie, fuite de carburant, circulation dense
  • Précision de la localisation

La décision tombe en moins d’une minute. On envoie systématiquement en priorité une « VSAV » (Véhicule de Secours et d’Assistance aux Victimes) et un « FPTSR » (Fourgon Pompe Tonne Secours Routier), parfois renforcé par un véhicule médicalisé du SAMU ou un hélicoptère selon la gravité supposée.

Organisation sur place : chacun son rôle, tout pour la sécurité

L’arrivée sur les lieux est toujours tendue. Le conducteur du fourgon doit positionner le véhicule pour protéger la zone de l’accident, surtout sur les axes rapides. En 2022, près d’un quart des accidents graves impliquant des secours l’ont été suite à un défaut de balisage ou de vigilance des automobilistes (Source : Association Attitude Prévention).

  • Un pompier balise immédiatement : il installe des cônes, des panneaux lumineux ou des feux de détresse.
  • Un autre commence la reconnaissance de la scène : il compte les victimes, évalue la présence de dangers immédiats.
  • L’équipe VSAV se prépare : sacs d’oxygène, brancards et matériel de premiers soins sont sortis en quelques secondes.

Parallèlement, le chef d’agrès (chef d’équipe) coordonne toutes les actions. Il communique avec le médecin du SAMU si besoin, et adapte l’intervention si un incendie menace – cas rare, mais qui compte parmi les situations les plus dangereuses pour les sauveteurs.

Extraction et désincarcération : précision et rapidité sous tension

Les images de désincarcération impressionnent souvent le public. Pourtant, chaque geste est préparé, réfléchi. Les pompiers réalisent tous les ans plusieurs centaines d’exercices pour être prêts à lutter contre le stress et la pression du temps.

  • L’évaluation médicale prime : si la victime est consciente, elle est interrogée (douleurs, localisation des membres, signes de détresse respiratoire…)
  • Le "sauvetage rapide" : si la personne doit être évacuée d’urgence (incendie, hémorragie massive), l’extraction se fait sans attendre, quitte à endommager le véhicule pour sauver une vie.
  • La désincarcération fine : réalisée à l’aide d’outils spécifiques (cisaille, écarteur hydraulique, vérin), cette méthode vise à libérer la victime sans aggraver ses blessures, notamment en cas de suspicion de traumatisme rachidien.

Un chiffre qui fait réfléchir : à l’été 2022, dans les Bouches-du-Rhône, 13% des accidents graves ont nécessité une désincarcération (Source : Préfecture 13). Un geste qui n’est jamais banal pour ceux qui y assistent : « On garde encore le cri d’une maman piégée en mémoire, des heures après l’intervention », confie anonymement une sapeuse-pompière professionnelle.

Scène vécue : témoignage d’un pompier volontaire

« Sur la route d’Aix, à la tombée du jour, c’est un utilitaire contre une berline. À notre arrivée, trois témoins tentent d’ouvrir les portières. L’un des conducteurs, coincé, hurle de douleur. J’ai d’abord rassuré, gardé le contact verbal. Le médecin du SAMU prend le relais pour les soins pendant que mon binôme découpe la portière. Quinze minutes après notre arrivée, la victime est sur un brancard, direction l’hôpital Nord. C’est ce qu’on vise : chaque minute compte. »

Ce type de situation se produit une à deux fois par semaine dans un département comme les Bouches-du-Rhône, surtout lors des week-ends ou périodes de vacances.

Un ballet coordonné : les gestes qui sauvent

Un accident de la route, c’est :

  1. La protection de la zone : pour éviter le suraccident, souvent causé par la curiosité d’autres conducteurs.
  2. L’évaluation : un triage rapide pour hiérarchiser les victimes selon l’urgence vitale.
  3. La prise en charge médicale : oxygénation, arrêt des hémorragies, maintien de la colonne vertébrale si besoin.
  4. L’extraction : manuelle ou avec moyens lourds.
  5. Le transport : vers un service hospitalier adapté, en tenant compte du type de blessures.

Sur la zone, la chaîne des secours rassemble souvent :

  • Pompiers (sauvetage, désincarcération, soins de premiers secours)
  • Gendarmerie ou police (sécurisation, circulation, enquête)
  • Équipes du SAMU (soins spécialisés, décision du transport)
  • Services de voirie ou autoroute (nettoyage, signalisation, remise en état)

Le tout sous la supervision d’un chef d’intervention, souvent le gradé pompier, qui doit aussi gérer la communication avec les familles, la presse, ou les automobilistes bloqués.

Quelques chiffres et faits marquants locaux

  • En 2023, les pompiers du SDIS 13 ont effectué en moyenne 41 interventions par jour pour des accidents routiers (Source : SDIS 13, communiqué janvier 2024).
  • Près de 23% des accidents ont lieu sur les nationales ou autoroutes traversant le département.
  • Les causes principales relèvent encore de la vitesse excessive, de la fatigue ou de l’utilisation du téléphone au volant (ONISR, Bilan sécurité routière 2023).
  • Les interventions les plus longues sont souvent liées à la présence de camions (PL) ou de véhicules utilitaires légers difficiles à désincarcérer.

Des progrès sensibles ont été faits : la mortalité sur route dans les Bouches-du-Rhône a chuté de 26% en 10 ans, grâce à la prévention, la technologie automobile et le professionnalisme croissant des équipes de secours (Source : Préfecture 13).

Pourquoi il ne faut jamais minimiser un accident : parole d'urgentiste

Certains accidents semblent bénins. Pourtant, selon une étude menée en 2021 par l’IFSTTAR (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux), 6% des traumatismes graves sont découverts uniquement à l’hôpital, plusieurs heures après le choc initial.

  • Des douleurs diffuses peuvent cacher des lésions internes sérieuses (rate, foie, hémorragie lente…)
  • Le « coup du lapin » reste une cause fréquente de séquelles à long terme.
  • L’état de choc psychologique d’une victime nécessite toujours un suivi spécialisé.

Le message des pompiers est simple : toute collision, même sans dégât visible, mérite d’être signalée aux secours, surtout si des enfants, des personnes âgées ou des personnes souffrant de maladie chronique sont impliquées.

Conseils citoyens : bien réagir face à un accident de la route

Votre rôle en tant que témoin ou premier intervenant est déterminant. Voici quelques conseils des pompiers à destination du grand public :

  1. Assurez votre propre sécurité en premier : ne traversez jamais une autoroute ou une voie rapide à pied.
  2. Appelez le 18 ou le 112 : expliquez précisément ce que vous voyez, sans dramatiser mais sans minimiser.
  3. N’approchez pas si un véhicule fume ou fuit : risque d’explosion ou de feu.
  4. Ne déplacez jamais une victime coincée : sauf danger immédiat (incendie, risque de noyade, etc.).
  5. Gardez le contact verbal avec les blessés : rassurez-les, informez qu’ils seront bientôt pris en charge.
  6. Laissez le passage aux secours sur la route : un simple réflexe, mais qui sauve des minutes précieuses.

L’apprentissage des gestes de premiers secours, accessible dès le collège (PSC1), reste un atout : plus de 30 000 citoyens formés chaque année dans les Bouches-du-Rhône peuvent l’attester (Source : Croix-Rouge française, antenne 13).

Changer le regard : de témoin à acteur de la sécurité routière

Derrière chaque intervention des pompiers sur accident de la route, il y a une somme de savoir-faire, de sang-froid, d’écoute et de travail d’équipe. La technologie change (airbags, véhicules connectés), la rapidité d’intervention s’améliore, mais la clé reste la vigilance de tous.

Comprendre le fonctionnement des secours, c’est aussi apprendre à mieux anticiper, prévenir et réagir – non seulement pour protéger ses proches, mais pour devenir, vous aussi, un maillon actif de la sécurité routière. Adopter les bons réflexes, c’est déjà participer, à sa mesure, à ce grand effort collectif pour des routes plus sûres.

Merci à toutes celles et ceux qui œuvrent chaque jour sur le bitume, et à tous les citoyens qui font le choix de la prudence et de la solidarité – car la prévention commence bien avant l’arrivée des gyrophares.

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