Premiers gestes et réflexes citoyens : intervenir lors d’un accident de deux-roues à Marseille
Gestes qui sauvent et prévention des risques dans les Bouches-du-Rhône
Un accident de deux-roues à Marseille : une réalité quotidienne
Marseille, ses artères encombrées, sa circulation trépidante, ses ruelles où scooters et motos se faufilent chaque jour. L’omniprésence des deux-roues est une réalité indéniable : selon les chiffres de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, les conducteurs de deux-roues motorisés représentent près de 25% des blessés graves en zone urbaine dans les Bouches-du-Rhône, pour moins de 10% du trafic global (source : ONISR, 2022). À Marseille, les accidents impliquant scooters et motos sont fréquents, notamment aux heures de pointe ou dans les quartiers animés, de la Canebière à Castellane.
Mais que faire si vous êtes témoin — ou même impliqué — dans un accident de ce type ? Chaque minute compte et la qualité des gestes de premiers secours peut faire la différence entre une blessure maîtrisée et un véritable drame.
Immersion : “Le 18, vite !” Chronique d’un appel marseillais
Sur le terrain, la scène revient régulièrement. Une fin de journée sur le Prado, embouteillage habituel. Un scooter tente de remonter la file ; il percute une portière qui s’ouvre soudain. Fracas, cris. Quelques automobilistes descendent, déboussolés. Un témoin, smartphone en main, hésite entre filmer et agir, puis finit par composer le 18. Ce soir-là, c’est Jérôme (anonymisé), pompier professionnel à Marseille, qui répond à l’appel :
« Les gens sont paniqués, ils parlent tous en même temps, ils ne savent pas quoi dire... Ce qu’il faut, c’est aller à l’essentiel, localiser la scène et décrire précisément la situation. »
Mais avant l’arrivée des secours, que pouvez-vous faire — ou éviter de faire — pour sauver la vie d’un motard ?
Les bons réflexes : protéger, alerter, secourir
La règle d’or du secourisme n’a pas changé : P.A.S — Protéger, Alerter, Secourir.
Voici la méthode pas à pas, adaptée au contexte marseillais, avec ses spécificités urbaines et ses particularités humaines.
1. Protéger la zone de l’accident
- Évaluez vos risques : Ne vous précipitez pas. Avant tout, assurez-vous de ne pas vous mettre en danger — flux de voitures, tramway, circulation dense ou agressive. Danger immédiat aussi du fait des bus et des scooters qui continuent de circuler.
- Balisez la zone : Si vous en avez un, utilisez votre triangle de présignalisation, allumez vos warnings, ou demandez à ce que les autres usagers ralentissent. Déléguer est utile : une personne sécurise en amont, une autre s’approche des victimes.
- Approchez-vous avec prudence : Ne déplacez jamais une victime d’un accident de la route, sauf dangers évidents et immédiats (risque d’incendie, d’effondrement, etc.).
2. Alerter efficacement les secours
- Composez le 18 (pompiers) ou le 112 (numéro d'urgence européen) ; pour un accident grave, le 15 (SAMU) reste aussi pertinent.
- Localisez précisément : Adresse, repères visuels (nom de commerce, arrêt de bus), description du secteur (ex : croisement Castellane, sortie A55, devant la boulangerie X).
- Décrivez la situation : Nombre de victimes, âge approximatif, état de conscience, existence de saignements abondants, présence de feu ou fuite de carburant, circulation coupée ou non.
- Ne raccrochez jamais le premier tant que l'opérateur ne vous y invite pas.
Astuce terrain : À Marseille, les noms de rues sont parfois peu visibles ; donner un point GPS (en “partageant votre position” sur smartphone) peut considérablement accélérer l’arrivée des secours (source : témoignages de pompiers du SDIS 13).
3. Porter secours : gestes à privilégier
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N’enlevez jamais le casque d’un blessé (sauf s’il ne respire plus) : c’est l’une des consignes les plus importantes. Retirer le casque à la hâte risque d’aggraver un traumatisme cervical. Seuls les gestes des professionnels ou l’absolue nécessité (obstruction des voies respiratoires) justifient ce retrait.
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Mettez-vous à hauteur de la victime, parlez-lui calmement, vérifiez qu’elle respire, qu’elle vous répond, si elle peut bouger ses membres (sans la forcer).
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En cas de saignement abondant : Comprimez la plaie fermement avec un tissu propre ou l’aide de vêtements si aucune compresse n’est disponible. Faites-le sans relâcher la pression.
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En cas d’inconscience mais respiration préservée : Placez la victime en position latérale de sécurité (P.L.S.), sans forcer les mouvements du tronc et du cou.
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Surveillez jusqu’à l’arrivée des secours, rassurez la victime et empêchez l’entourage de la manipuler inutilement.
Marseille, deux-roues et risques spécifiques : ce qu’il faut savoir
Chaque ville a ses particularités, et Marseille ne fait pas exception. Pourquoi y a-t-il tant d’accidents de deux-roues dans la cité phocéenne ?
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Le climat : Les chaussées marseillaises, l’été, deviennent glissantes, surtout au sortir des premières pluies (effet “pluie après sécheresse” sur bitume gras).
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Le mobilier urbain : Les rails du tram, les “dodanes”, les chaussées mal entretenues, sont autant de pièges pour les roues étroites des scooters et motos — les chutes à cause d’un obstacle ou d’un dérapage sont fréquentes.
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L’importance du port du casque : Si plus de 85% des victimes de grave traumatisme crânien chez les deux-roues ne portaient pas correctement leur casque (source : Ministère de l’Intérieur, 2023), c’est une réalité difficile à ignorer.
Tableau : chiffres clés des accidents deux-roues à Marseille (sources : ONISR, Préfecture 13, 2022-2023)
| Année |
Nombre d'accidents impliquant un deux-roues |
Nombre de blessés graves |
Port du casque non-conforme (%) |
| 2022 |
1 082 |
351 |
18% |
| 2023 |
1 115 |
367 |
16% |
Appeler ou pas les pompiers ? Savoir faire la différence
Un appel judicieux, c’est un appel qui sauve du temps… et parfois des vies. Voici un schéma mental simple, sur la base des interventions du SDIS 13 et de notre expérience.
Sur le terrain : récit d’une intervention marseillaise type
“On intervient sur le Vieux-Port, samedi soir. Un jeune homme, la vingtaine, a chuté de son scooter après avoir glissé sur un pavé mouillé. L’entourage est excité, certains crient qu’il faut ‘enlever le casque’ à tout prix. Au micro, on calme tout le monde, on stabilise la tête, on vérifie la respiration. Blessure au bras, hémorragie modérée, conscience préservée. Les copains sortent des mouchoirs, appuient directement sur la plaie — et ça, c’est ce qui lui a évité de graves complications. Les gestes citoyens, quand ils sont faits calmement, changent le pronostic.”
Foire aux questions des Marseillais : les précisions utiles
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Que faire si la victime parle une langue étrangère ?
Beaucoup de livreurs à scooter sont étrangers. Parlez lentement, montrez les gestes (restez, respirez, ne bougez pas). Certains opérateurs des secours sont formés à l’anglais ou disposent de traducteurs.
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Comment réagir si la victime est anxieuse ou en état de choc ?
Parlez posément, évitez les mouvements brusques, tenez-lui la main si elle est réceptive. L’anxiété peut masquer des douleurs sérieuses.
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Doit-on s’occuper d’abord du scooter ou du blessé ?
La priorité revient toujours à l’humain. Évitez cependant d’approcher si des vapeurs d’essence s’échappent ou s’il y a risque de feu.
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Puis-je être poursuivi si je me trompe dans mes gestes ?
La règle dite du « bon Samaritain » vous protège : on ne saurait reprocher à un citoyen d’avoir aidé, sauf à délibérément aggraver la situation.
Perspectives : prévention et engagement citoyen
Derrière chaque chiffre, chaque intervention, il y a des prénoms, des destins parfois changés en un instant. Ce sont des gestes simples — protéger, alerter, secourir — qui déterminent l’issue d’une nuit sur le Vieux-Port ou d’un matin sur le boulevard Michelet.
Mais la meilleure action reste encore celle d’anticiper. Port du casque (homologué et bien attaché), équipement adapté, mais aussi ralentissement lors des périodes de pluie ou sur les rails du tram… Tout cela fait partie de la prévention quotidienne à Marseille.
Comprendre le rôle de chacun et se former — même avec un simple stage d’initiation aux gestes qui sauvent — permet de rendre le tissu urbain marseillais plus sûr. Car face à un accident de deux-roues, c’est la rapidité, mais surtout la qualité de l’action des témoins, qui fait la différence.
Un Marseille plus sûr dépend aussi de votre réactivité, de votre sang-froid, et de votre sens du partage d’informations fiables. Pour sauver une vie, parfois, il suffit d’un regard attentif et d’un appel bien réalisé.
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