Cartographie du risque : comprendre les zones les plus vulnérables aux incendies de forêt dans les Bouches-du-Rhône

Prévention et secours, un engagement pour tous

Feux de forêt en Provence : une réalité du quotidien

Le téléphone sonne, un après-midi de mistral. La voix à l’autre bout du fil hésite, affolée : “Il y a de la fumée derrière la colline, tout près des maisons... vous venez ?” Cette scène, les sapeurs-pompiers l’ont vécue des centaines de fois dans les Bouches-du-Rhône. Ce département est, chaque été, au cœur de l’actualité des feux de forêt : records de surfaces brûlées, évacuations massives, campagnes de prévention musclées.

Mais les incendies ne frappent pas au hasard. Certains territoires sont plus exposés – par leur géographie, leur histoire, leur urbanisation. Cartographier ces zones, c’est mieux se préparer. C’est aussi, pour chaque citoyen, comprendre son rôle dans la chaîne du risque.

Incendies dans les Bouches-du-Rhône : les chiffres qui posent le décor

Sur la période 2000-2023, les Bouches-du-Rhône figurent systématiquement parmi les cinq départements français les plus touchés par les feux de forêt et de végétation (Prométhée, DDTM13). Chaque été, des milliers d’hectares disparaissent sous les flammes – 4 800 ha brûlés en 2022, record en la matière dans la région PACA (Météo France, 2022).

Le schéma est bien documenté :

Pourquoi ces zones ? Un cocktail explosif entre nature, climat et urbanisation

Un pompier encore en activité l’explique lors d’une tournée de prévention : “Le feu va toujours plus vite que vous ne l’imaginez. Ici, c’est la topographie, là ce sont les lotissements collés à la pinède, ailleurs le vent qui fait tout basculer.”

1. Une végétation typiquement méditerranéenne, hautement inflammable

2. Le climat : sécheresse, mistral et orages secs

3. La pression humaine : plus on construit, plus ça brûle

Géographie du danger : les secteurs les plus exposés

À la question “Où brûle-t-il le plus ?”, il n’existe pas qu’une réponse. Le risque s’étale sur plusieurs massifs, avec quelques points rouges particulièrement surveillés :

Zone Commune(s) phare Caractéristique Nombre d’incendies majeurs (2010-2023)
Massif de la Nerthe Marignane, Châteauneuf-les-Martigues, Le Rove Proximité de Marseille / Grandes pinèdes / Mistral fort 56
Côte Bleue Martigues, Sausset-les-Pins, Carry-le-Rouet Forêts littorales, urbanisation dense, accès difficiles 43
Chaîne de l’Étoile Allauch, Plan-de-Cuques, Marseille 13/15e Zonage périurbain, collines accidentées 34
Massif de la Sainte-Baume (Ouest) Auriol, Carnoux-en-Provence, Roquefort-la-Bédoule Forêt dense, routes enclavées 27
Garlaban Aubagne, Roquevaire, La Bouilladisse Tradition de débroussaillement inégale, fréquentation élevée 29
Plaine de la Crau Saint-Martin-de-Crau, Arles Champs et friches facilement inflammables 20

(Source : DDTM, Prométhée, SDIS 13)

Le feu de Vitrolles, 2016 : un cas d’école sur la Côte Bleue

Le 10 août 2016, sous un vent meurtrier, près de 2 650 hectares sont partis en fumée de Rognac à Vitrolles, jusqu’aux portes de Marignane. Les images avaient fait le tour de France : flammes aux abords immédiats de l’aéroport, autoroute A7 coupée, immeubles évacués à la va-vite, intervention lourde Légion étrangère, canadairs en boucle pendant deux jours.

Sur place, les habitants ont vu le feu courir à une vitesse folle ; d’après les pompiers, jusqu’à 8 km/h poussée par le vent, soit “impossible à rattraper au sol”. Cet événement reste gravé dans la mémoire locale. Il a durablement marqué les dispositifs d’organisation et de prévention, avec notamment la création de nouvelles coupures de combustible autour des zones habitées.

Focus : Marseille, ville en première ligne

À Marseille même, 26 000 hectares de forêts et collines cernent la ville. “Là où les boulevards finissent, la pinède commence”, disait un ancien collègue. La ville détient le triste record de feux urbains-forestiers en France métropolitaine (SDIS 13), tout simplement parce que la nature y entre dans la ville…

La configuration du territoire fait que plus de 60 000 habitants résident en zone considérée comme “première exposition” à un feu de forêt (INSEE/SDIS).

Lors d’un été caniculaire, la consigne donnée à la population peut être sans appel : “En cas de fumée, ne partez pas. Confinez-vous.” La fermeture des massifs forestiers est fréquente de juin à septembre.

Prévention : des réflexes collectifs et individuels indispensables

Qui est concerné ?

Peut-on réduire le risque ? Les clés d’une vigilance active

  1. Signaler tout départ de feu sans attendre : un appel rapide au 18 ou 112, localisation précise, description du lieu et de l’accès possible.
  2. Entretenir son terrain : débroussaillage, destruction des branches au sol, limitation des combustibles près des habitations.
  3. Respecter les jours de fermeture des massifs : consulter sur le site de la préfecture ou via l’application dédiée “Prévention Feux de forêt 13”.
  4. Prendre conscience des dangers du vent : le mistral peut tripler la vitesse du front – éviter toute activité à risque les jours annoncés “rouge” ou “noir”.
  5. Informer ses voisins : partager les bons gestes et les informations officielles dans son quartier (groupes locaux, affichages, réunions d’information).

Derrière les chiffres, la réalité humaine : récits du terrain

En 2021, sur le massif de l’Étoile, un mauvais geste lors d’un pique-nique a suffi : un enfant renverse un barbecue, le feu prend la broussaille, 40 hectares partent en fumée avant que le vent ne soit maîtrisé. La famille, choquée, a témoigné auprès de notre collectif : “On n’imaginait pas que ça irait si vite. On a eu peur de ne jamais pouvoir sortir.” Ces accidents illustrent la frontière ténue entre loisir et tragédie.

Parfois, la vigilance collective déjoue la catastrophe : sur la Côte Bleue, un riverain remarque une fumée suspecte dès le matin, prévient les pompiers. Intervention en 9 minutes, feu stoppé avant d’atteindre les maisons. Ce réflexe a évité un scénario catastrophe : “Une minute de plus, et tout le quartier y passait”, raconte un pompier de Martigues.

Ces récits montrent, sur le terrain, la complémentarité entre service public, engagement citoyen, et information partagée.

Agir ensemble pour protéger les territoires

Les zones les plus exposées aux incendies dans les Bouches-du-Rhône sont une réalité concrète, vécue chaque été par les habitants et les intervenants. Face à une nature qui ne pardonne pas l’erreur, chaque geste compte. La carte du risque, on la façonne aussi par nos comportements quotidiens : débroussaillage, alerte rapide, respect des interdictions temporaires.

N’attendons pas d’être confrontés à la fumée pour agir. Les solutions existent, elles sont à la portée de tous, et permettent de faire de la prévention bien plus qu’une affaire de spécialistes. La culture du risque, ce n’est pas seulement le métier de sapeur-pompier : c’est une responsabilité partagée pour préserver notre patrimoine et nos vies.

Pour aller plus loin : consultez les cartes interactives “zones à risque” sur le site des services de l’État et restez informés grâce à l’application officielle “Prévention Feux de forêt 13”.

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