Vous êtes témoin ou victime d’un accident de la route sur l’A7 ou l’A55 : comment réagir pour que chaque minute compte ?

Prévention et secours, un engagement pour tous

Deux axes, des milliers d’histoires : pourquoi cet article ?

Un vendredi soir sur l’A7, entre Salon et Marseille, l’asphalte renvoie la lumière bleuâtre des gyrophares. À quelques mètres d’une barrière de sécurité, des silhouettes fébriles : certains en état de choc, d’autres déjà au téléphone, d’autres encore immobiles, la main sur la poitrine. L’accident vient juste d’avoir lieu.

Ce que nous voyons depuis des années : le premier quart d’heure d’un accident conditionne tout. Pour la survie, pour limiter les conséquences, pour organiser l’arrivée des secours. Mais sur l’A7 et l’A55, ces axes vitaux reliant le nord au sud de la France, le moindre accrochage peut vite virer à la catastrophe collective. C’est pourquoi il nous a semblé urgent de rappeler, à partir du terrain et des témoignages, les réflexes à adopter immédiatement – et ceux à éviter absolument.

L’effet domino des accidents sur l’A7 et l’A55 : que disent les chiffres locaux ?

D’après la Préfecture des Bouches-du-Rhône (rapport 2023), près de 180 accidents corporels sont recensés chaque année sur les seules portions bitumées entre Salon, Aix, Marseille et Martigues. L’autoroute A7 concentre à elle seule des pics lors des transhumances estivales ou des week-ends prolongés ; l’A55, plus courte, connaît une forte fréquentation de transit mais aussi des allers-retours domicile-travail, avec des risques d’endormissement ou de « petit accrochage » qui peut rapidement dégénérer.

Aux heures de pointe, un carambolage moyen bloque la circulation pendant 1h40 selon Vinci Autoroutes et nécessite l’intervention de plusieurs véhicules de secours, parfois appuyés par les équipes médicales du SAMU et la société d’autoroute.

Certains drames auraient pu être évités ou limités si les bons gestes avaient été faits dès le départ. Oublier le triangle, ne pas couper le moteur, ou s’approcher du véhicule accidenté : autant de détails qui, sur l’autoroute, peuvent coûter très cher.

Premières secondes : sécuriser sans s’exposer soi-même

Le reflexe professionnel : STOP (S’arrêter – Tracer – Observer – Protéger)

  1. S’arrêter : Coupez le moteur, allumez les feux de détresse. Si vous êtes témoin, garez-vous après la zone de collision, à la droite de la route, sur la bande d’arrêt d’urgence, à au moins 150m si possible. Jamais à contresens ni en ralentissant brutalement.
  2. Tracer : Avant de sortir, gilet jaune OBLIGATOIRE à portée de main (idéalement dans l’habitacle : rappel du Code de la route, art. R416-19). Si vous êtes « piéton » sur l’autoroute, vous êtes vous-même en danger.
  3. Observer : Gardez votre calme, analysez la situation. Fumée noire ? Début d’incendie ? Odeur d’essence ? Circulation dense ?
  4. Protéger : Avant tout appel, éloignez les voyageurs en sécurité derrière la barrière de sécurité (si possible en surplomb du trafic). Si vous êtes blessé, ne quittez votre habitacle qu’en cas de danger immédiat (incendie, fuite, risque d’explosion).

Un exemple ? L’été dernier, sur l’A55, un carambolage à hauteur de Gignac-la-Nerthe : une conductrice sort, son enfant par la main, sans gilet, traverse les voies pour rejoindre la glissière centrale. Résultat : presque percutée par un camion qui a pilé à la dernière seconde. En 2023, sur département, 12 piétons ont été heurtés par des véhicules alors qu'ils intervenaient pour aider.

L’appel d’urgence : qui, comment, quels mots et quels pièges éviter ?

Qui appeler : le 112 en priorité, mais…

Sur l’A7/A55, le 112 est privilégié car il géolocalise l’appel et les opérateurs sont rompus aux accidents autoroutiers (Source : Ministère de l’Intérieur).

Comment décrire ce que l’on voit : le schéma S.T.A.M.

Plus une alerte est précise, plus la réponse des secours sera adaptée : lancement de la « chaine d’alerte » sans perte de temps. Un centre de traitement des appels à Marseille a témoigné : « Parfois, on reçoit trois appels contradictoires pour le même accident. Un quart d’heure de perdu parce qu’aucun n’avait noté le bon point kilométrique. »

À ne pas faire lors de l’appel

Premiers gestes face aux blessés : la règle « ne pas aggraver, sauf urgence absolue »

Situation du blessé Ce que vous pouvez faire Ce qu’il ne faut pas faire
Conscient, extraits du véhicule, marchant Installer en sécurité, rassurer, surveiller Forcer à marcher, à boire ou à s’asseoir sans nécessité
Inconscient, respiration normale Mettre en Position Latérale de Sécurité (PLS) si possible, surveiller la respiration, couvrir en cas de froid Remuer inutilement, donner à boire, laisser seul
Inconscient, ne respire plus Appeler d’urgence, débuter massage cardiaque si vous savez le faire (112 en position « haut-parleur », guidage possible) Perdre du temps à chercher des objets, hésiter à agir
Blessé coincé Couvrir, parler, attendre les secours professionnels Tenter de l’extraire soi-même (sauf danger immédiat, incendie...)

Ce que le terrain nous enseigne : chaque geste mal maîtrisé, même bien intentionné, peut aggraver l’état d’un blessé. En témoigne ce pompier de Martigues : « Un automobiliste a voulu absolument sortir un homme d’une Clio retournée qui fumait. Il a aggravé sa fracture du bassin. Heureusement, il n’y a pas eu d’incendie... »

Signaler l’accident et baliser : l’importance du triangle et du gilet… mais pas à n’importe quel prix

Le Code de la route impose le port du gilet jaune et la pose du triangle à 30 mètres dans le cas où cela ne met pas votre vie en danger. Sur l’A7 et l’A55, c’est parfois tout simplement impossible. Chaque année, plusieurs intervenants sont blessés en voulant poser le triangle alors que la circulation n’est pas suffisamment ralentie.

Un chiffre à garder en tête : les accidents secondaires (suraccidents) représentent 20% des accidents mortels sur nos autoroutes (Vinci Autoroutes, chiffres 2022).

Le rôle clé des témoins : organiser, rassurer, transmettre

Le temps que les secours arrivent (comptez 7 à 15 minutes en moyenne sur A7 et A55, selon le trafic et la distance du centre de secours), ce sont souvent les témoins qui tiennent la ligne de vie.

Témoignage recueilli par le collectif, suite à l’incident du 15 mars 2023 sur l’A7, secteur Lançon-Provence : « Le premier à avoir appelé les secours a eu l’excellent réflexe de faire reculer tout le monde derrière la barrière. Deux minutes après, un SUV a déboulé et glissé sur l’huile, fauchant la place exacte où nous étions encore postés vingt secondes avant. »

Après l’urgence : démarches, prévention, traumatismes, reconstruction

Ce qu’il faut faire une fois les secours sur place

L’après-accident : se faire aider

En région PACA, la Cellule d’Urgence Médico-Psychologique (CUMP) peut être activée par le SAMU pour un suivi psychologique des témoins choqués. En cas de blessé grave, vous pouvez demander à être contacté par la CUMP dans les heures/jours qui suivent.

Les compagnies d’assurance couvrent généralement les frais de dépannage, d’hébergement provisoire et parfois un transfert vers une destination de sécurité – à condition que le constat soit établi par les services de police ou de gendarmerie présents sur place.

Rappel : petites causes, grands effets. Comment éviter d’en arriver là ?

Le collectif a voulu partager ces gestes pour une raison simple : sur l’A7 et l’A55, la solidarité n’est pas qu’un mot, elle sauve véritablement. À chaque accident, des dizaines de décisions individuelles – un seul mauvais réflexe peut coûter cher, mais une minute de sang-froid peut changer le cours d’une vie.

Et vous ? La prochaine fois que la sirène retentira sur l’asphalte chaud, saurez-vous faire la différence ?

Sources citées : - Préfecture des Bouches-du-Rhône, rapport sécurité 2023 - Vinci Autoroutes, bilan sécurité 2022-2023 - Ministère de l’Intérieur, documentation officielle - ONISR (Observatoire national interministériel de la sécurité routière) - Témoignages anonymisés recueillis localement

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