Sur la ligne de feu : comment les agriculteurs des Bouches-du-Rhône protègent leurs terres face au risque incendie

Prévention et secours, un engagement pour tous

Un territoire sous surveillance : panorama du risque incendie en Provence

Le 13, les Bouches-du-Rhône, ce sont des reliefs roussis à la fin de l’été, des garrigues à perte de vue, des cultures encadrées de pinèdes, et un vent omniprésent, le mistral, auquel personne n’échappe. Ici, le feu n’est pas une abstraction. Il fait partie de l’identité, parfois du quotidien. En 2022, le département comptabilisait à lui seul près de 234 départs de feu sur l’année selon la préfecture, dont près de 40 % avaient menacé ou touché des zones agricoles (Source : DREAL PACA). Si les pompiers sont bien sûr en première ligne, les agriculteurs jouent un rôle souvent sous-estimé mais fondamental. Entre obligations légales, bon sens paysan et entraide, comment ces hommes et femmes du 13 défendent-ils leur outil de travail et leur environnement ? On vous emmène sur le terrain, là où tout commence… et où tout peut finir en quelques heures de flammes.

Comprendre le danger : pourquoi les exploitations agricoles sont vulnérables dans les Bouches-du-Rhône ?

Les paysages agricoles provençaux, mêlant champs, vergers, vignes, et forêts de pins, forment un tapis rouge tout trouvé pour le feu en période sèche. Plusieurs facteurs rendent ces exploitations vulnérables :

Un chiffre qui interpelle : sur les grands feux de l’été 2021 dans la plaine de la Crau, 60 % des surfaces touchées étaient des exploitations agricoles ou para-agricoles (Données DDTM 13). Et derrière ces chiffres, des réalités humaines, des outils de travail, parfois toute une vie, réduits à néant.

Des obligations… et du pragmatisme : ce que la loi impose aux agriculteurs (et ce qu’ils font en plus)

Le cadre règlementaire : débroussaillement et obligations avant tout

Dans le Sud, le débroussaillement n’est pas qu’une question d’esthétique ou de gain de productivité. C’est la base de la prévention, et la loi (article L.131-10 du Code forestier, consultable sur Legifrance) l’impose dans un rayon de 50 mètres autour des habitations et des exploitations situées à moins de 200 mètres d’un bois ou d’une forêt.

Les contrôles sont réguliers. Les agriculteurs peuvent être sanctionnés, voire se voir refuser l’indemnisation par les assurances en cas de sinistre si les obligations n’ont pas été remplies.

Concrètement sur le terrain : témoignages et astuces de bon sens

“Ce qui fait la différence, c’est la régularité. On ne débroussaille pas qu'une fois par an. Entre juin et septembre, on repasse sans cesse autour des hangars, des chemins. Les jeunes, on leur apprend à vérifier l’état des machines, à ne pas faucher à midi quand tout est sec et que le vent monte.” — Paul, céréalier autour de Salon-de-Provence.

Au-delà de la loi, plusieurs pratiques sont devenues la norme chez nombre d’agriculteurs du 13 :

Sur le terrain : portrait croisé d’agriculteurs vigilants

L’un de nos membres, Julien (pompier volontaire), a récemment participé à une intervention près de Saint-Martin-de-Crau, un secteur où tradition agricole et prévention incendie vont main dans la main. Il nous confie :

“On est arrivés sur un feu parti d’un engin agricole. Ce qui a évité la cata ? Des bandes de terre nues, entretenues avec rigueur par l’exploitant. Le feu a mordu, mais il est resté cantonné. En 30 minutes, c’était maîtrisé. Si les bandes avaient été négligées, on signait pour une nuit blanche et des voisins sinistrés.”

Lors de nos échanges avec les syndicats agricoles locaux (FDSEA 13 – Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles), le constat est unanime : l’investissement dans le matériel de prévention est maintenant vu comme un coût incontournable, tout autant qu’un tracteur. Nombre de communes et intercommunalités encouragent la mutualisation (citernes, tracteurs équipés de herses coupe-feu, etc.), réduisant les coûts et augmentant la réactivité.

Chiffres-clés : impact et efficacité de la prévention agricole dans le 13

Année Départs de feu recensés (13) Superficie agricole épargnée grâce à la prévention (en ha)
2019 210 950
2020 223 1230
2021 251 840
2022 234 1320

(Source : DDTM 13, rapport de la cellule DFCI – Défense des forêts contre l’incendie). On observe une coïncidence claire : les années où les dispositifs collectifs de prévention sont les plus soutenus, les surfaces sauvées progressent. Cela s’explique aussi par la qualité des interventions en amont (surveillance, débroussaillement, information des équipes, limitation des comportements à risque).

Quand la prévention se vit à l’échelle du village : initiatives collectives et solidarité en action

Point marquant du territoire : le tissu social reste fort. Plusieurs villages et communautés de communes, notamment autour d’Eyguières, Saint-Chamas et La Barben, ont mis en place depuis quelques années des Comités Communaux Feux de Forêt (CCFF). Ces groupes de bénévoles, composés souvent de retraités agricoles, participent à la surveillance en saison, remontent les incidents, prêtent main forte lors des débroussaillages collectifs.

L’ADREA (Association Départementale des retraités exploitants agricoles) rappelle l’importance de ces dispositifs : la vigilance ne s’arrête plus à la barrière de la ferme, et les agriculteurs peuvent compter sur un réseau d’alerte et d’entraide : SMS groupés en cas de départ de feu, patrouilles organisées, formation régulière aux gestes de premiers secours en cas de brûlure ou d’inhalation de fumée.

Du côté des pompiers : coopération, enjeux et signalements

Les pompiers des Bouches-du-Rhône notent avec satisfaction le rôle accru des agriculteurs dans la lutte contre les incendies. Nous avons interrogé un officier du CS Martigues, qui confirme :

“Sur un feu d’herbes fin juillet 2023, ce sont les agriculteurs qui, avec leurs tracteurs et tonneaux d’eau, ont pu encercler le front avant notre arrivée. Sans eux, les premières minutes se seraient transformées en heures de lutte.”

Le secteur agricole constitue également une source précieuse de signalements précoces. Habitués du territoire, les agriculteurs repèrent instantanément la moindre fumée suspecte et n’hésitent pas à composer le 18 ou le 112. Leur connaissance des lieux facilite aussi le guidage des secours dans les secteurs difficiles d’accès.

Bilan : prévention, entraide et adaptation permanente

Si les feux de forêt sont un fléau bien réel dans les Bouches-du-Rhône, la mobilisation du monde agricole est désormais un maillon essentiel de la chaîne de sécurité. Les techniques ont évolué, la sensibilisation aussi, grâce à l’appui des collectivités, des syndicats professionnels, et d’un esprit de solidarité bien enraciné sur le territoire. Tout n’est jamais gagné : la vigilance est permanente, les saisons se suivent et ne se ressemblent pas. Mais, sur ce front, c’est un département tout entier qui avance main dans la main, pour protéger ce qui fait sa richesse – et, au final, la vie.

Pour aller plus loin : consulter le guide régional “Agriculteur et prévention incendie”, distribué par la Chambre d’Agriculture 13, ou le portail de la DFCI PACA (www.dfci-paca.fr).

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